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Elodie Cingal/ 06.33.55.39.43

  • : psy-conseil-divorce
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  • : En tant que psychologue psychothérapeute (N° ADELI 75 93 4781 8), j’ai eu l’occasion de travailler sur différents problèmes et différentes pathologies. Capable de m’intéresser à beaucoup de domaines, j’ai voulu créer un petit blog qui parle de la psychologie en générale et des sujets qui me tiennent à cœur à un moment donné. Téléphone : 06 33 55 39 43
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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 09:56

Alors que le projet de loi sur la famille entend réduire la fracture entre un père et son enfant après un divorce, nous avons rencontré ceux qui n’ont pas grandi avec leurs pères après la rupture des parents. La distance, l’indifférence ou les tensions entre les ex-conjoints contribuent à cette situation qui concerne un enfant de divorcés sur cinq. Aujourd’hui jeunes adultes, ils essaient de reconstruire cette relation manquée.

Ils s’appellent à Noël, aux anniversaires, se voient une fois ou deux par an. Sans plus. Ces relations froides, distanciées, paraissent normales à ces enfants qui n’ont pas grandi avec leur père. Après la rupture de leurs parents, comme dans 70% des cas, la mère a obtenu la garde et le père, un droit de visite. Au final, près de 20 % des enfants de parents séparés n’ont pas de contacts avec leur père, ou très peu. Des visites espacées, le veto maternel ou l’envie de passer à autre chose contribuent au relachement du lien. Les pères, eux, se laissent souvent aller à un fatalisme mou qui les déconnecte de leur enfant. Quitte à le regretter plus tard et tenter de réparer cette relation en pointillés.

Pour Camille, le terme « papa » reste une notion bizarre qui ne correspond pas à ce que les autres en disent. Le sien a fini par disparaître de sa vie au fil des années. Lorsqu'elle a eu 2 ans, sa mère s'est installée dans une autre ville. Le déménagement, plus que la séparation la coupe alors d’un quotidien avec son père. Elle le voit tous les quinze jours, puis, à l’adolescence, la moitié des vacances scolaires. Au lycée, elle ne le voit plus qu’à Noël et lors des grandes vacances. Leur relation se crispe. Ni l’un ni l’autre ne savent trop comment agir. « Nous étions comme des inconnus forcés de nous côtoyer. » Pour la psychologue Élodie Cingal, moins les interactions sont nombreuses, moins le parent trouve sa place et plus il se désengage. « Lorsque le père voit son enfant, il voit aussi sa propre incompétence et se sent démuni. Alors il se replie, comme un raisin sec, quitte à laisser tomber. » Une impuissance que Camille, elle, vit comme de l’indifférence. « Le seul truc qu’il faisait c’était payer la pension et nous emmener en vacances. Il n’a pas essayé de nous connaître, mon frère et moi. Je n’ai pas senti un investissement personnel, alors que c’est ce qui compte pour moi dans une famille, plus que la présence. »

L’arrivée de sa nouvelle femme et d’un nouvel enfant n’a fait que crisper la situation. « On avait l’impression qu’on nous volait le peu qu’il nous restait. Et lui n’a pas pris les choses en main », explique la jeune femme. Les grains de sable se sont glissés dans les rouages, fixant le malaise. Sa belle-mère n’a pas forcément encouragé son père à raffermir leurs liens. « En ce qui concerne les affaires familiales et l’intime, l’homme est souvent passif, il s’en remet toujours à son entourage, c’est-à-dire sa compagne ou ses parents, décrypte Élodie Cingal. Si sa nouvelle femme ne lui dit pas de voir ses enfants, ça ne lui viendra pas à l’idée. »

Alors, durant ses rares visites chez son père, Camille est une invitée, qui dort dans la chambre d’amis et a l’interdiction de faire des remarques à son petit frère, pour ne pas que l’éducation qu’elle a reçue de sa mère passe la porte. En somme, tout le monde joue un peu la comédie. Lorsqu’elle a besoin de lui, Camille doit toujours demander à son père d’en être un. « Il ne s’est jamais proposé de lui-même pour nous aider à déménager ou se porter garant de nos appartements. J’ai fait ma première année d’étude dans sa ville, nous ne nous sommes vus que deux fois. Je crois qu’il ne s’en rend même pas compte. » À côté de la plaque. Jusqu’à ce que tout explose et que chacun se dise ses quatre vérités. Camille reproche à son père sa léthargie et lui, qu'elle lui fasse sans cesse des reproches. « Depuis, on a crevé l’abcès, j’espère que ça ira mieux. On se voit plus souvent. Mais c’est toujours moi qui me déplace. »

Il faut parfois des années pour que ces échanges pleins de frustrations et déceptions se pacifient. La relation conflictuelle que Lucie avait avec son père durant l’adolescence est aujourd’hui devenue « cordiale ». « Mon père ne sait pas trop s’y prendre avec les enfants. Maintenant que j’ai grandi, c’est plus facile. Il aime bien réunir ses enfants chaque été : moi et ceux qu’il a eus avec d’autres femmes avant et après moi. » L’attachement qu’elle n’a pas eu pour un père présent, elle l’a eu doublement pour sa mère. « C’était très dur de la quitter quand j’allais le voir. Je pense que mon enfance a été meilleure sans lui à la maison car sinon ma mère aurait été très malheureuse. Il a un sale caractère, manipulateur, violent dans ses mots. Absolument pas fiable. » Si bien que lorsqu’il était impossible de la voir l’été, son père jugeait légitime de ne pas verser de pension alimentaire. Une façon de cantonner ces enfants à un loisir à la carte. Très philosophe, Lucie n’a jamais attendu grand-chose de son père, toujours en voyage aux quatre coins du monde. « Je l’aime bien, affirme la jeune fille, mais une ou deux visites par an, ça a toujours été suffisant. » Elle fait avec ce qu’elle a. Une démarche qu’encourage Élodie Cingal avec ses patients. « Grandir c’est aussi accepter le parent qu’on a, le parent "réel", tel qu’il est avec ses limites et essayer de positiver le peu de temps qu’on a avec. Si la notion d’abandon est violente, elle n’est pas pour autant ingérable. »

Une fois que les enfants grandissent, les pères opèrent parfois un revirement. Comme s’ils se mordaient les doigts d’avoir raté les moments avec ceux qui sont devenus des adultes. « Mon père me demande de venir le voir plus souvent maintenant car il vieillit et se sent seul », déclare Noémie, 25 ans. Elle est la seule personne qu’il lui reste. Sa sœur a décidé de ne plus lui parler après ses 18 ans, une fois l’obligation du droit de visite levée. « Pour renforcer le lien avec un père distant, tout dépend aussi de l’homme qu’il est aujourd’hui. Si c’est un homme cassé, l’enfant ne va pas avoir très envie de rattraper le temps », explique Élodie Cingal. « Quand je reviens dans ma ville natale, je préfère voir ma mère et mes amis qu’aller manger avec mon vieux père dans sa maison délabrée tout seul », reconnaît Noémie. Avant de conclure, lapidaire : « Je n’étais pas sa priorité, Il n’est pas la mienne »

Par Lucile Quillet.

http://madame.lefigaro.fr/societe/avec-mon-pere-nous-etions-deux-inconnus-forces-cotoyer-200514-855484

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Published by Elodie CINGAL - dans Publications d'Elodie
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commentaires

Michel Willekens 22/05/2014 00:21

Et il y a aussi des pères, frustrés de ne plus voir leurs enfants, totalement aliénés (sous l'emprise toxique de leurs mères) qui n'ont plus de nouvelles de leurs enfants. Et ensuite, lorsque les enfants sont adultes, et qu'ils reprennent contact avec leurs pères (après des années), ceux-ci se méfient de ces ''enfants-soldats'' qui sont toujours sous l'emprise toxique de leurs mères.
Ces pères, ont souvent refait leurs vies, et ont même d'autres enfants. Pour ces pères, ce qui compte, c'est leurs nouvelles compagnes et leurs nouveaux enfants.
Quand aux enfants de leurs ''Ex'' compagnes, qui viennent pour renouer des liens avec leurs pères, (qu'ils ont rejeté durant des années) ils ne sont plus que des étrangers !
Pourtant, on pourrait éviter ces destructions de familles ! Mais les conflits rapportent bien trop aux avocats.