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Elodie Cingal/ 06.33.55.39.43

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  • : En tant que psychologue psychothérapeute (N° ADELI 75 93 4781 8), j’ai eu l’occasion de travailler sur différents problèmes et différentes pathologies. Capable de m’intéresser à beaucoup de domaines, j’ai voulu créer un petit blog qui parle de la psychologie en générale et des sujets qui me tiennent à cœur à un moment donné. Téléphone : 06 33 55 39 43
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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 14:48

Pour comprendre la souffrance des pères, il s’agit de prendre en compte la représentation sociale de la paternité. Aujourd’hui, on tend à vouloir faire porter aux pères tous le maux de la société : violence, toxicomanie, addictions, échecs scolaires, …etc. Mais, pourquoi ?
Les pères souffrent de représentations négatives datant des années 1950. En effet, c’est sous le régime de Vichy que s’est posée la question de la paternité – non pas pour lui (re)donner une place mais pour restaurer la notion de famille. Le régime et le clergé se sont donc donné la main pour motiver les français à maintenir un ordre voulu par la chrétienté. On peut déjà comprendre que le père est pointé en tant que responsable des pertes du sens de la famille. Car, en effet, dans les années 50, une autre injustice était au RDV ; les hommes protègent et contrôlent la vie familiale alors que les femmes servent. Les pères étaient d’autant plus coupables que la perte du sens de la famille était du fait de causes internes et non pas du fait du contexte extérieur. Je vous rappelle que nous sommes après guerre, dans la période de reconstruction.
Aujourd’hui, nous continuons à percevoir les pères selon cette représentation et on en est à se questionner sur ce qu’est un père ? Un géniteur, un éducateur, un père légal ? 

Dans ce contexte où le père est responsable et même coupable des maux des enfants, il n’est pas facile pour lui de prendre sa place. Etre Père s’articule autour de trois niveaux :
1. La place que l’institution donne au père
2. Selon les psychanalystes, devenir père signifie perdre sa place de fils. C’est donc en regardant ce qui en est de sa relation à son propre père que l’homme deviendra père de son enfant. 
3. Les pères n’ont de place que celle donnée par les mères. 

A travers ces trois points, il est possible de comprendre qu’être père est une chose acquise et non innée. On devient père mais on ne l’est pas d’emblée. 
En effet, en séance, ces trois points sont sources de souffrance. La place de père donnée par la mère et cette octroyée par l’institution sont les plus mentionnés car les plus faciles à décrire. Le point de vue psychanalytique est celui qui va orienter vers un type de souffrance. Sur quel objet va se focaliser la souffrance ? 

1. Le père et l’institution : Auparavant, le père existait par l’importance accordée à l’institution du mariage. Les fonctions du père sont donc nouées à la personne du mari. Le mariage le désigne comme père. Et ce titre lui confère donc autorité et il devient le garant de l’ordre public et la société est alors patriarcale. C’est dans les années 70 qu’un profond bouleversement se saisit. Le nombre de mariage diminue et les divorces augmentent, entrainant avec eux l’abolition de la puissance paternelle au profit de l’autorité parentale. L’apparition de l’autorité parentale en 1972 rend la tache difficile pour les pères qui ne le sont plus par le lien du mariage. Pour devenir père, il s’agissait de faire une démarche supplémentaire s’ils désiraient la reconnaissance de l’autorité parentale. Beaucoup l’ignorait alors que la mère le faisait automatiquement car elles étaient informées à la maternité. Elles obtenaient alors d’emblée l’exercice de l’autorité parental. L’exclusion juridique des pères s’expliquent donc par leur méconnaissance de la loi et la lenteur de l’évolution des mentalités. Il aura fallu attendre plusieurs décennies avant que les pères intègrent la notion de reconnaissance de l’autorité parentale.

2. Le père devient père en renonçant à sa condition de fils pour la donner à son propre enfant. C’est par un exemple que tout à chacun pourra mieux le comprendre. Un père raconte sa situation de divorce en expliquant que lui-même a vu ses parents divorcer de manière violente. Il ajoute qu’il se voit à 7 ans courir derrière la voiture de son père qui a mis sa valise dans sa voiture et s’est enfui. Sa propre femme a agi de la même manière le jour où elle est partie. La souffrance qu’il vit dans sa séparation actuelle est venue réactiver celle d’enfant et de position d’enfant par rapport à son père. La gestion de son propre enfant est influencée par l’angoisse de la répétition. Cet homme a peur de voir son fils vivre ce que lui-même a vécu enfant. C’est l’enfant en lui qui exprime la douleur d’être père.

3. Les consultations auprès des papas me permettent de généraliser plusieurs éléments liés à la place que la mère donne au père (à savoir ce qu’elles empêchent ou permettent par leur omnipotence et omniprésence). Il ne s’agit pas ici de faire preuve de misogynie mais il est impossible de signifier la place du père sans la lier à celle de la mère. 

a. La plupart des pères que je rencontre se plaint de ne pas pouvoir se faire entendre concernant l’éducation de leur enfant. Cet enfant tend à donner parole d’évangile à la mère et ce, même en l’absence de celle-ci. Qui n’a pas entendu « oui, mais Maman ne veut pas, ELLE, elle fait comme ça… » . Les pères ici souffrent de l’omniprésence et de l’omnipotence des mères. Celles-ci tendent souvent à s’accaparer l’enfant comme un objet de désir dans lequel elle se projette narcissiquement. Les pères souffrent donc de l’emprise des mères et, de ce fait, que leur parole de père est nulle et non avenue.

b. Très souvent dans les contextes de séparations, les mères redonnent une place considérable à leurs parents, puis au nouveau conjoint quand il apparaît. Ces grands-parents, ce beau-père viennent-ils remplacer le père ? Le père est-il interchangeable ? Quelle est donc la place du père ? Les pères souffrent de ne plus occuper une place privilégiée auprès de leur enfant. Il n’est pas question ici de jalousie envers le beau-père (ou nouveau conjoint de l’ex) ou les grands-parents mais plutôt de sentiment d’interchangeabilité et de peur de disparaître de la vie de l’enfant.

c. La difficulté à créer ou maintenir des liens solides avec l’enfant. Les pères soulignent régulièrement que passer 4 à 6 jours par mois avec leur enfant ne leur permet pas de mettre en place des rituels et de satisfaire des besoins fondamentaux. Ils ne seraient que des papas loisirs. Encore ici, nous sommes autour de la question de l’interchangeabilité. « Mon fils a arrêté le tennis, plus assez marrant par rapport du judo ? Et moi, quand va-t-il me remplacer par une activité, un beau-père, un copain » ? Les pères ont le plus souvent crée des liens solides avec leur enfant mais ils présentent une peur de les voir s’étioler car ils sont sérieusement absents de toutes les sphères de la vie de leur enfant. Les experts des affaires familiales et les mères arguent que le père peut rencontrer les professeurs, etc.. Certes ! Mais il n’est pas avec son enfant pour l’aider à faire ses devoirs, pour le soutenir quand il s’est bagarré à l’école, pour gérer sa fatigue après une journée d’école…

d. Les papas souffrent souvent d’une emprise des mamans sur eux-mêmes - ce qui les paralysent pour prendre des initiatives et ce, surtout en matière de communication. Ai-je le droit de dire à mon fils ce qu’il se passe ? La maman a dit ceci mais ce n’est pas vrai, que dois-je faire ? Les papas souffrent finalement de voir leur enfant en tant qu’être et de tout faire pour le protéger au prix d’un sacrifice, d’une mauvaise image d’eux-mêmes. Ils sont piégés – Ou bien ils disent la vérité à leur enfant au risque de nuire à l’image maternelle, ou bien ils se taisent et deviennent l’image paternelle nocive. Les pères sont eux-mêmes victimes de l’image négatives des papas et ils n’osent pas prendre leur envol paternel sans en référer à une figure féminine. Combien de fois a-t-on entendu, un homme, une femme dire que les hommes n’avaient pas la sensibilité nécessaire pour percevoir la bobologie de leur enfant ?

e. Tout cela entraîne une difficulté chez les papas à exercer leur autorité parentale. Ils le soulignent et ce, souvent à tort, car après investigations, on constate que les pères intuitivement trouvent le bon positionnement par rapport à leur enfant. . Les pères, dans ces contextes de Droits de Visites et d’Hébergements, perdent toute leur confiance en eux-mêmes. 

f. Les pères sont dans l’incompréhension totale de ces décisions juridiques qui confondent séparation conjugale avec séparation parentale. Les pères ne peuvent entendre l’argument de la prévalence des mères et se ressentent comme punis alors même qu’ils ne sont ni mieux ni pires que les mères.

g. Face à la machine judiciaire et au monopole des mères, les pères ressentent aussi un sentiment très profond d’impuissance. Ce sentiment est d’autant plus douloureux que les hommes, encore aujourd’hui ne devraient pas perdre pieds. Ils sont supposés être les meneurs (toujours ces fameuses représentations sociales ancestrales !!). Ce sentiment d’impuissance existe car ils ne parviennent pas à faire changer la situation. Ils se sentent d’autant plus impuissant que ces situations sont psychologiquement nocives pour tout le monde et qu’ils ne réussissent pas à protéger leur enfants et entourage de la situation. Cela est sans prendre en compte les contextes parfois violents qui viennent accentuer le sentiment d’impuissance et de culpabilité. Enfin, ce sentiment persiste d’autant plus qu’ils ne parviennent pas à mettre un terme à la souffrance liée à la situation. Comment faire disparaître la douleur de moins (ou plus) voir son enfant, de le laisser souffrir quand il est instrumentalisé pour gagner une procédure. C’est souvent le sentiment d’impuissance qui pousse les pères à céder aux ex.

h. Les pères souffrent également de la perte de leur revenu et de l’augmentation de celui de leur ex femme lorsqu’elle obtient la Résidence exclusive. Le père est déjà lésé dans sa place de père mais il se trouve en plus dans l’incapacité d’accueillir correctement son enfant et de lui offrir l’équivalent de ce que la mère offre. Les pères se ressentent alors comme des sous-pères et ici, nous pouvons même ajouter que c’est leur rôle de père pourvoyeur d’éducation qui est touché. Les hommes sont également touchés par des représentations sociales tenaces, celles où ils doivent apporter l’argent du foyer. Se retrouvant fiscalement et physiquement privé de foyer, ils se ressentent comme des hommes diminués voire même parfois émasculés. 

En conclusion « la mère a acquis une toute puissance dans le fait de pouvoir contraindre ou exclure le père et c’est la perte du sens de l’institution du père qui donne ce pouvoir aux mères ».

La souffrance des pères est due aux représentations persistantes issues de l’imaginaire collectif, néanmoins passées. Les pères souffrent également d’être réduit à une FONCTION de père et non pas à une place de père, fonction par ailleurs disqualifiées (père absent, incapable, violent, et parfois pire, abuseur !). Ils souffrent donc d’être isolés au profit des mères omnipotentes et omniprésentes qui se savent dans une impunité juridique. 

La loi 2002 malheureusement n’a pas encore permis d’abolir ces représentations négatives du père qui en paient encore le prix dans leur chair. Elle ajoute même à leur souffrance car elle reste dans la majorité non appliquée et vient doublement punir les pères qui pensaient avoir des droits !

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La plupart des symptômes retrouvés chez les papas en situation de divorce sont ceux de la dépression. Tous les patients vont présenter certains de ces symptômes et ce, de manière ponctuelle. Certains symptômes vont et viennent selon l’avancée de la procédure et la qualité de la relation avec les enfants. Si le sujet n’a pas une histoire singulière propice à la dépression ou autre pathologique psychosomatique, les symptômes disparaitront quelques temps après la fin de la procédure avec l’acceptation de la perte de sa place de père à plein temps 

- Désespoir, pessimisme, tristesse
- Sentiment de solitude, d’être isolé (malgré souvent une famille très présente) 
- Sentiments de culpabilité, insignifiance, abandon 
- Impatience persistante
- Sensation de vide 
- Epuisement
- Intolérance à toute stimulation négative comme positive (le vase est plein)
- Cogitation, rumination, pensée négative et persistante
- Perte d'intérêt pour des activités précédemment agréables. 
- Sentiment d’être un boulet pour les autres 
- Perte de confiance en soi et en les autres 
- Perte ou trouble du sommeil
- Angoisse 
- Honte surtout quand il y a des accusations non fondées 
- Colère et violence souvent retournées contre soi 
- Sentiment d’injustice
- Pleurs inopinés
- Incapacité à se projeter dans le futur
- Grande inquiétude quant à son enfant et sa construction psychologique. Peur de montrer à son enfant sa douleur et de lui transmettre ces sentiments négatifs

Néanmoins, il est à noter que les pères prennent la mesure de leur qualité de père au moment de la séparation (avant il n’y avait pas de raison à se questionner) et considère positivement leur qualité et fonction de père. Cette situation a au moins UN avantage, elle permet aux pères d’ouvrir les yeux sur leur compétences en tant que père. 


Elodie Cingal, psychothérapeute
www.psy-conseil-divorce.com

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 14:48

Dans toute séparation, l’un des moments le plus difficile est celui de l’annonce aux enfants. La manière d’annoncer la séparation et les explications données aux enfants seront déterminants dans leurs réactions, leur ressenti et leur positionnement par rapport aux deux parents.

L’annonce aux enfants est souvent décidée et menée par la mère et le père l’accepte. Chacun conserve bien la place établie auparavant dans le couple. 
Même si les pères sont investis dans le quotidien de leur enfant, ils tendent à s’en remettre à la mère pour toute décision relative à la construction psychologique de l’enfant. 
Combien de fois ai-je entendu des hommes me dire « puis-je parler de la séparation aux enfants, mon ex femme a refusé que je leur en parle ? » ou encore « Comment doit-on en parler aux enfants, c’est la mère qui a décidé de ce qu’on peut leur dire? »… 
Les pères, du fait des habitudes conjugales antérieures, se sentent interdit de parler aux enfants – interdiction qu’ils respectent et n’osent pas braver – et se trouvent alors lésés par rapport à la mère. De leur coté, les enfants entendent préférentiellement la version de la mère même si c’est le père qui l’annonce. Les enfants, également pris dans le fonctionnement antérieur du couple, donnent leur confiance plus naturellement à la mère. Elle est celle qui gérait auparavant et celle vers qui le père se tournait pour prendre des décisions au quotidien. Elle représente alors la vérité, la loyauté et la décision puisque le père s’y est toujours référé. 

Cela signifie donc que c’est la mère qui décide du ton à adopter et que ce ton dépendra de sa souffrance et de l’histoire de sa séparation. De ce fait, et malheureusement, il arrive que l’annonce aux enfants est instrumentalisée à des fins moins nobles que ceux de protéger les enfants. 
L’annonce aux enfants prend donc toute son importance. Elle va annoncer les modalités de la séparation, son ambiance mais aussi elle va venir consolider ou affaiblir la qualité de la relation aux parents. 
1. Les modalités correspondent à l’organisation à venir : qui quitte le domicile, quel mode de garde….etc 

2. L’ambiance est déjà perceptible. Les parents l’annoncent-ils ensemble ou séparément ? La version est-elle la même ? Qui parle et que dit-on ? Parle t’on d’un coupable et d’une victime ? Cette façon d’annoncer le divorce révèle déjà l’entente du couple conjugal dans la séparation et la qualité du couple parental à venir. Cette ambiance va orienter l’enfant dans ses réactions et son positionnement. 

3. La relation à venir entre les deux parents et les enfants sera déterminée durant cette annonce. En effet, l’enfant se sentira obligé d’aimer plus la victime et de délaisser le « méchant ». Le premier terme à bannir est « abandon ». Il n’est pas rare de voir un parent dire que l’autre NOUS abandonne. L’enfant ne peut alors se dégager de l’angoisse de perdre son parent et se défend souvent en développant de la colère contre lui ou au contraire en adhérant en totalité à celui-ci. Si par malheur, l’autre parent se dépeint comme une victime dont l’avenir est en danger, l’enfant peut finir par rejeter celui qui quitte (qui abandonne). Dans tous les cas, l’enfant apprend à s’amputer d’un de ses parents pour pouvoir gérer l’angoisse de la séparation. Il préférera même se coller à l’un des parents car cette annonce, qui déjà le met sous le choc, produit une angoisse qu’aucun des deux parents n’a su contenir. En se collant à l’un des deux parents, l’enfant s’assure une contenance, une enveloppe rassurante. 

L’annonce aux enfants est donc la première arme redoutable par l’un des partis pour s’assurer de la loyauté et la culpabilité des enfants. 

QUE FAIRE ? 

La contradiction d’un divorce est qu’il faut s’entendre pour pouvoir faire le moins de dégâts possible. Dans l’idéal, les parents devraient se poser ensemble et discuter des modalités, de l’ambiance et de la gestion de l’annonce aux enfants. 
Ils devraient l’annoncer ensemble et être d’accord sur les motifs et les projets. Il faudrait même réussir à projeter l’enfant dans un futur non catastrophique. Il ne s’agit pas de faire croire que tout va bien, surtout pas !! Il s’agit de dire et entendre la souffrance de l’enfant mais de ne pas la dramatiser. L’enfant doit à tout prix croire que la situation est sous contrôle et ce, même s’il n’est pas possible de répondre à toutes les questions. L’enfant doit sentir que le contenant parental est toujours là !
Il n’est malheureusement pas toujours possible de répondre aux questions des enfants. On ne sait pas toujours qui part, où il déménage, quel sera le type de résidence.. etc. Dites le leur ! Mais ajoutez que cela sera réglé et que vous, parents, vous trouverez une solution, la meilleure pour tout le monde. Ajoutez qu’ils peuvent revenir vous poser autant de questions autant de fois qu’ils le souhaitent. Les enfants, quelques soit leur âge, doivent pouvoir s’en remettre aux parents. Si vous connaissez les réponses, dites les simplement « papa va s’installer à Montreuil et comme il va habiter un peu loin, vous irez chez lui tous les deux We et tous les deux mercredi… ». « Comme maman travaille tard, je vous prendrai tous les soirs à l’école et vous déposerais chez maman à 19h30. Vous viendrez en plus tous les deux we »…etc. Il faut faire simple, court et surtout donner l’impression que la situation est sous contrôle. Les enfants ne doivent pas s’engouffrer dans une faille pour compenser la souffrance d’un ou de ses parents. La sienne est suffisante. 
Concernant les motifs, il est important de ne pas pointer un coupable et ce, quelque soit la faute. Les enjeux d’adultes n’ont pas leur place ici. La réponse doit rappeler la place que chacun conserve et porter sur le fait que les enfants ne sont pas responsables. Il s’agit de mettre la séparation sur le dos de l’usure dans le couple, sur les disputes sans, encore une fois, pointer un fautif. Il ne faut jamais détériorer l’image d’un des parents car l’enfant s’identifie toujours aux deux. Et par jeu d’identification et d’introjection, il se sentira fautif comme le « nommé coupable ». 
Désigner un coupable revient à faire un chantage affectif à l’enfant. C’est le mettre dans la position de devoir choisir un parent, et pas forcément celui avec qui il est le plus à l’aise. Les enfants ne doivent jamais avoir à choisir, c’est les rendre responsable, quelque soit le choix, du malheur de l’autre parent. 



Elodie Cingal, psychothérapeute
www.psy-conseil-divorce.com

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 14:45

Ce livre tente de démontrer que la Résidence Alternée provoque des symptômes chez les enfants qui la subissent. Ce livre veut également démontrer que la résidence, si exclusive, se doit d’être chez la mère car le père serait incapable d’être un parent satisfaisant. Mais surtout selon elle, preuve à l’appui, l’attachement (dont les théories de Bowlby et ses précurseurs) ne peut se faire qu’à la mère.

 

Je commencerais par vous rappeler que les études de ce livre reposent sur une population de mamans se présentant à une association car elles sont insatisfaites de la décision du juge. Mme Phélip se trouve donc face à une concentration de femmes, toutes en souffrance et toutes dans une volonté d’obtenir ou de maintenir une résidence exclusive. Cela induit forcément une observation excessive de la souffrance des enfants et une interprétation erronée de l’origine de cette souffrance.

 

 

J’ajouterais que ce livre est fondé sur la consultation d’enfants en difficulté, ce qui encore une fois  induit forcément que l’on ne trouve que des symptômes et de la douleur. Je ne m’attarderais pas non plus sur le fait qu’il manque à ce livre une étude sur une population neutre : celle qui ne souffre pas de la résidence alternée ou des enfants ayant des symptômes similaires dans un autre contexte. Cette étude complémentaire aurait permis de comprendre si les symptômes mentionnés dans ce livre sont bien dus à la résidence alternée.

 

 

Notons par ailleurs, que ce livre n’est basé que sur des études de cas et ne permet pas d’induire une généralité. En effet, aucune méthodologie de recherche n’a été proposée. Quels sont ses critères de recherche ? Quels sont ces outils ? Quelles méthodes qualitatives et quantitatives ont été employées ?

 

Concernant les analyses des spécialistes de la petite enfance, je me garderais bien des les critiquer. Je ne remettrais certainement pas en cause leur méthode d’investigation en pédopsychiatrie. Ce qu’ils ont trouvé est réel et il s’agit de prendre ces symptômes très au sérieux. Je n’ai néanmoins pas été convaincu par le lien de cause à effet. Je n’ai vu qu’une énumération de symptômes dont nous pourrions trouver d’autres causes que la résidence alternée. Je comprends bien qu’ils ne font que mettre en exergue ce qu’ils rencontrent dans leur cabinet et que leur expérience tend à démontrer que les enfants vivant en résidence alternée sont plus fragiles. Mais, est-ce la résidence alternée elle-même la responsable ? Serait-il possible que ce soit l’absence ou le trop plein d’écoute du ou des parents ? Serait-ce l’instrumentalisation de l’enfant par les parents ? Serait-ce la séparation ? Nous savons qu’un enfant de quelques mois perçoit en son corps la tension de celui qui le porte. Le bébé peut donc très bien être conditionné à ressentir la tension de sa mère au moment des départ. Celle-ci peut avoir une tendance à s’agripper à l’enfant. Beaucoup de chose serait à investiguer pour pouvoir bien comprendre l’origine de tous ces symptômes.

 

Par ailleurs, je me questionne sur le recul pris par les spécialistes de la petite enfance ? Est-il suffisant en temps et en nombre de patients ?

 

Jacqueline Phélip défend avec force que la difficulté ne vient pas de la mère – celle-ci ne pouvant être responsable d’une relation fusionnelle avec l’enfant ou être en proie à une dépression ou inconsciemment faire subir à l’enfant un chantage lié à la situation de séparation. Elle apporte, il est vrai, parfois, et très rapidement des éléments quant au fait que les symptômes des enfants se retrouvent chez des parents s’entendant bien après la séparation. Mais, encore une fois, cela ne prouve pas que la résidence alternée soit responsable de la souffrance de l’enfant. Et bien s’entendre avec son ex ne signifie pas d’emblée avoir une relation saine à son enfant ou ne pas être dépressif. Cette précipitation est dangereuse selon moi car d’autres difficultés, ailleurs que dans la résidence alternée, sont omises. Et alors, qu’en est-il de l’enfant ? A coté de quoi passons-nous pour le soutenir ?

 

 

Ce livre m’a particulièrement outrée car il est plus un livre anti-papa. En effet, il tend à prouver que les hommes ne peuvent intuitivement comprendre leur enfant. Ils sont réduits à une technicité. Nous sommes face à un raccourci non objectif. Je vois régulièrement des papas entièrement capable de ressentir les besoins de leur enfant. Il m’arrive même de voir des mamans s’en remettre entièrement à l’avis du père. Mais, peut-être les hommes que je rencontre ne sont pas les mêmes que ceux décrits par les femmes de ce livre ? Ou peut-être que les hommes ont changés depuis 2006, date de parution du livre (avant ils étaient de mauvais pères et maintenant ils en sont de bons ! ) ?  Jacqueline Phélip parle de « mère bis » pour citer les pères qui s’occupent de leur enfant. Pourquoi ? Jacqueline Phélip n’a-t-elle pas évolué avec son temps. Les femmes travaillent, les hommes sont au foyer. Il n’existe plus de répartition des taches par genre mais plutôt par compétences et/ou par nécessité. Les mères sont-elles réduites à leur fonction nourricière et enveloppante ?

 

 

Les hommes seraient donc incapables d’agir avec l’enfant de manière intuitive, continue et de percevoir ses besoins intrinsèques. Mme Jacqueline Phélip a néanmoins oublié les risques de pathologies telles que les états-limites et les psychoses lorsque l’enfant reste collé à la mère. Elle a oublié de mentionner l’importance de la place du père dans la construction de la structure identitaire de l’enfant.

Mme Jacqueline Phélip se révolte de voir les pères peu présents et la justice donner parfois raison à ces pères. Mais, s’insurge t'elle lorsqu’il s’agit de congé parental. Comprend-elle que lorsqu’un père n’a le droit qu’à 10 jours contre 4 mois pour la mère, il lui est difficile de construire de manière continue une relation à son bébé. Bien sur, Jacqueline Phélip a raison, il s’agit de prendre en compte ce qui existe - le père n’est pas là  mais la mère l’est. La mère est donc plus proche de son enfant et doit donc en conserver une garde totale. Je pourrais comprendre ce point de vue mais n’adhère pas pour autant à son combat. Celui-ci est ailleurs. Battons-nous pour une égalité des sexes face au congé parental ou pour une répartition intelligente dans le couple. Les modalités seraient à réfléchir. Mais déjà si un père pouvait s’occuper de son enfant au même titre que la mère, toute sa théorie sur le « pourvoyeur des soins » tomberait !!

 

 

De plus, une étude américaine de Michael Lamb dans laquelle sont observées les interactions des pères quand ils rentrent le soir alors que la mère est restée à la maison s’occuper des enfants. Il observe que la mère a un contact plus cutané et plus reposant car elle respecte le rythme de l’enfant. Le père, lui, quand il rentre le soir a une tendance à exciter l’enfant avec des jeux plus moteur, à poser des problèmes aux enfants sans les aider à les résoudre et à le remettre à la mère quand l’enfant est trop énervé. Pour faire simple, la mère respecte les rythmes de l’enfant alors que le père ne le fait pas.  Jusque là, nous allons dans le sens de Jacqueline Phélip. Mais, Lang va plus loin. Il a constaté que lorsque c’est la mère qui travaille et le père qui reste au foyer, c’est l’inverse au niveau des enfants : le père respecte le rythme de l’enfant et la mère ne le fait pas.

Donc, ce n’est pas caractéristique de la fonction du père mais plutôt de la présence continue au bébé et à la présence discontinue où on impose son rythme sans le calmer.  La structuration psychanalytique autour du rôle de la mère et du père est plus liée au fait d’une présence continue et une présence discontinue. Cette étude tendrait à prouver que le pourvoyeur de soin peut être la mère ou le père.

 

 

 

Par ailleurs aujourd’hui, beaucoup de pères prennent leur rôle très au sérieux et sont aussi présents que la mère. Doit-on cesser de laisser ces pères s’occuper de leur enfant ? Selon Jacqueline Phélip, deux pourvoyeurs de soin est source de souffrance pour l’enfant. Alors que fait-on des couples qui vivent maritalement et qui s’occupent de manière conjointe de leur enfant ? Et qu’en est-il de ces mères en garde exclusive qui comptent sur la crèche / la nounou, la grand-mère, la sœur, la copine, le centre de loisir … etc  pour pouvoir allier carrière et foyer, pour pouvoir allier vie de maman et vie de femme. N’est-il pas plus judicieux de laisser l’enfant vivre chez ses deux parents ? L’enfant, alors, n’a que deux maisons et non plus 3 ou 4 parfois.

 

 

 

 

Néanmoins, je dois pointer quelques arguments qui m’ont fait réfléchir. Je pense en effet, comme Jacqueline Phélip, que la résidence alternée ne doit pas être une répartition rigide à 50/50 à tout prix. Il s’agit de trouver une formule au cas par cas qui convienne à tout le monde. Contrairement à Jacqueline Phélip, j’insiste sur le tout le monde. L’enfant n’est pas le seul qui puisse souffrir de la situation de séparation et de résidence alternée. Il est au centre de nos préoccupations, sa santé est essentielle mais il ne doit pas induire un sacrifice parental. Ce serait d’ailleurs destructeur pour l’enfant car ce serait lui faire porter en totalité les souffrances des parents – sans compter que l’enfant perçoit cette souffrance parentale et ne sait pas comment l’interpréter. La formule de la résidence alternée doit être réaliste, à savoir prendre en compte les  agendas de chacun. Mais aussi et surtout, il s’agit d’être à l’écoute de l’enfant et de tenter de comprendre sa plainte quand il y en a une. Il est fort probable que dans les cas relaté dans ce livre, si la culpabilité et le conflit de loyauté que ressent l’enfant avaient été gérés et entendus par les DEUX parents, celui-ci aurait vu sa souffrance diminuer considérablement.  Il me semble que le fait même de se savoir écouté et entendu résoudrait beaucoup de souffrance. 

 

 

 

Pour conclure, je m’amuserais à donner un témoignage à la hauteur de ceux de Jacqueline Phélip.

Au moment de leur séparation, Clara et Jean (noms d’emprunt) décident d’appliquer une résidence alternée. Madeleine a 3 ans et Thomas 1 an.  Jean ayant un travail alternant des gardes de 48h et des congés de 48 à 72 h, Clara accepte de faire en fonction de son planning qu’il donne tous les 25 du mois. Durant 18 mois, tout se passe bien. Mais, cela n’empêche pas Clara de refuser un divorce à l’amiable et chacun prend son avocat. Après son passage chez son avocate, Clara veut passer à une garde exclusive. Le JAF lui donne raison compte tenu de l’âge des enfants. Ceux-ci auront donc été durant 18 mois en résidence alternée et ne montraient aucuns symptômes mentionnés dans le livre. Ils semblaient plutôt heureux d’arriver chez chaque parent et confiants chaque fois qu’ils laissaient l’autre parent seul. Je mentirais en disant que tout était idyllique. Clara refusant le divorce compliquait les relations et confortés, au moment du passage à la garde exclusive, dans sa position propriétaire des enfants, elle s’est mise à rendre la relation entre les deux parents impossibles.

 

Un an passe en garde exclusive à la mère. Les enfants vont chez leur père les WE 1,3 & 5 et les mercredi 2 & 4. Aujourd’hui, cela fait six mois que le petit garçon qui a à présent 4 ans, hurle tous les dimanches et mercredis soirs pour rester plus longtemps chez son père ; les crises de pleurs sont tellement violentes et peuvent durer jusqu’à deux heures, qu’il en vomit parfois au moment du retour. Il s’est vu maigrir car il ne se nourrissait presque plus. Des colères, des crises et des comportements agressifs commençaient à devenir omniprésents. Thomas était devenu un enfant totalement intolérant à la frustration. De son coté, sa grande sœur, dans un âge plus rationnel, restait la même la plupart du temps, puis parfois, la veille des retours chez sa mère, elle craquait et se mettait à pleurer en secret dans son lit. C’est son frère qui le signalait au père. Il était alors impossible de réconforter la petite. Les pleurs pouvaient durer plusieurs heures. Les deux verbalisent clairement à leur père leur souhait d’être « pareil chez papa et pareil chez maman ». A aucun moment, cette histoire ne vient illustrer une mauvaise mère, ni une mère négligente. Le père de son coté ne dénigre jamais la mère ni ne se plaint ouvertement du mode de garde des enfants. Ils sont totalement protégés par le père qui souhaite qu’ils ne soient pas au milieu des problèmes de grands. La souffrance de ces enfants ne vient illustrer que le fait qu’ils ne voulaient être privés d’aucun parent.

 

Aujourd’hui et ce, depuis deux WE, la mère a accepté de confier les enfants un peu plus tard le dimanche soir, ce qui permet aux enfants de profiter d’un dimanche complet. Cela semble apaiser la souffrance de Thomas. Madeleine, de son coté, ose se lâcher et parle de plus en plus de son envie de voir son papa plus souvent. Le fait qu’elle ait appris que ses deux parents se sont parlés l’a autorisé à dire ce qu’elle ressent et sa souffrance est plus visible. Alors, nous questionnons encore ? Ce petit délai accordé le dimanche soir sera-t-il suffisant ? La mère refuse une résidence alternée et les enfants réclament de voir plus souvent leur père. Alors, je questionne Jacqueline Phélip sur ce cas, qui est responsable des symptômes ? La résidence exclusive à la mère, le passage de résidence alternée à exclusive, la parole des enfants qui est ignorée, le père, la mère ??? 

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Published by psy-conseil-divorce.over-blog.com - dans Séparation - divorce
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