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Elodie Cingal/ 06.33.55.39.43

  • : psy-conseil-divorce
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  • : En tant que psychologue psychothérapeute (N° ADELI 75 93 4781 8), j’ai eu l’occasion de travailler sur différents problèmes et différentes pathologies. Capable de m’intéresser à beaucoup de domaines, j’ai voulu créer un petit blog qui parle de la psychologie en générale et des sujets qui me tiennent à cœur à un moment donné. Téléphone : 06 33 55 39 43
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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 17:03

Récemment j’ai reçu un papa qui est venu consulter uniquement pour savoir comment réagir quand son fils lui raconte les dires erronés de sa maman le concernant. Le mensonge est une arme très couramment utilisée dans le contexte de séparation/divorce. C’est une forme de manipulation que les femmes autant que les hommes affectionnent. Afin de rendre simple la lecture de cet article, je vais partir de ce papa mais j’insiste pour que chacun prenne en compte le fait que cela n’est pas le fait des femmes uniquement.enfant-entre-parents.jpg

Mr A. se questionne beaucoup sur comment faire face aux mensonges que son ex compagne raconte à leur fils. Il est démuni. Il ne sait pas quoi lui dire quand celui-ci lui dit « papa, maman m’a dit que tu ne t’es jamais occupé de moi. Elle dit aussi que tu ne m’as jamais amené à l’école et que tu rentrais tard le soir…etc ». Mr A. est pris entre le marteau et l’enclume. Doit-il dire à son fils que sa maman raconte des bêtises et, par là même, disqualifier la maman. Ou au contraire, doit-il se taire et laisser son fils croire qu’il a été un père négligent et absent ?

Dans les deux cas, son fils est lésé et finira par penser que l’un des deux parents est moins compétent et moins fiable. Cela entrainerait, si la situation devenait récurrente, une absence de confiance en les deux  parents. L’enfant ne saura plus vers qui se tourner car il aura toujours un doute sur qui ment. C’est ainsi que naissent des difficultés chez les enfants telles qu’une faible estime de soi, une absence de confiance en l’autre qui fait que l’enfant, puis plus tard l’adulte, est fier de dire qu’il sait se débrouiller seul. Or, se débrouiller seul s’accompagne systématiquement d’un grand sentiment de solitude et donc de détresse.

Cette situation où l’enfant est au milieu de mensonges n’est donc pas anodine. Elle doit être évitée le plus possible.

En réponse à Mr A., je commencerai par lui dire que lorsqu’un enfant ose dire à son papa que maman a dit ceci ou cela sur lui, c’est d’abord un bon signe. C’est que l’enfant fait  suffisamment confiance à son père pour lui dire des choses difficiles. Il compte également sur lui pour l’aider à se forger une opinion. L’enfant vient ici déposer son incompréhension. Et, il s’agit de faire de son mieux pour ne pas le décevoir.

Un enfant s’identifie à ses DEUX parents, pas uniquement à l’un. Même quand il est en colère ou rejette l’un des deux, il s’identifie, … par opposition, mais il s’identifie quand même. C’est justement pour cette raison qu’Mr A. est piégé. Que dire ? La vérité au risque de rajouter un nouveau malaise dans la tète de son fils ou laisser son fils se mettre en désaccord avec ses souvenirs.

Tout d’abord, il faut rétablir la vérité. L’enfant ne doit pas se retrouver avec un bug dans le continuum de son histoire. Le laisser avec des mensonges sur son passé, c’est comme faire un bug informatique. C’est transformer l’histoire, les émotions, tenter d’effacer, et remplacer. Or, l’enfant, même s’il se laisse prendre par le mensonge, se retrouve à vivre en décalage avec lui-même, comme en parallèle. 

On doit donc rétablir la vérité, mais pas n’importe comment !! On ne peut donc pas dire que maman (papa) ment !! Malheureusement, c’est le reflexe de la majorité des parents. Il ne s’agit pas ici de se culpabiliser et de s’en vouloir. Un parent n’est pas un psy ou un pédiatre. Il n’est pas naturellement formé pour se défendre d’attaque mensongère de l’autre parent.

On tente alors de faire preuve de créativité. Au lieu de dire maman a menti, on dit « je suis étonné, écoute je n’ai pas les mêmes souvenirs que ceux de maman. Moi, je me souviens très bien de ces vendredis où… et de ces parties de ballon… et de ces déjeuners entre garçons. Tu t’en souviens ? ». Le « tu t’en souviens ? » est important car on fait appel à sa mémoire, à son histoire et non plus à une vérité érigée. L’enfant fait l’effort d’aller chercher en lui ce qui lui appartient. Il est fort probable qu’il ne souvienne pas (car trop petit) mais ce n’est pas grave, il aura eu votre version qui correspond à qui il est !  Vous pouvez aussi faire appel aux photos et aux vidéos pour passer un bon moment avec l’enfant autour de votre relation. Attention, ne pas lancer l’air de rien des petites phrases du type « tu vois que j’ai raison. Tu vois bien qu’on a fait des trucs ». Non, on partage simplement des souvenirs ensemble car c’est aussi l’occasion « d’être ensemble ».  

Ainsi, on dément ce que maman a dit sans la dénigrer, on dit que ce sont des souvenirs différents et non pas une vérité. Chacun reste intacte aux yeux de l’enfant.

Je sais que cela demande un grand effort de ne pas rendre à l’autre sa méchanceté, mais il s’agit ici de préserver l’enfant.

Autre exemple, un papa dit à son enfant que maman n’a pas voulu la résidence alternée (RA) alors que lui, la voulait désespérément. Ici, le papa omet de dire qu’il est parti, alors qu’il n’y était pas contraint, à 60 km empêchant par conséquent la mise en place de ce mode de garde. Ici, également, on ne dira pas à son enfant que papa ment ou manipule. On dira « papa a raison ! Je n’étais pas d’accord avec la RA car ton papa habite à 60 km. Cela voudrait dire - ou 2 heures de route A/R pour aller à l’école - ou te retrouver dans deux écoles. Dans les deux cas, ça aurait été trop difficile et fatiguant pour toi. Qu’en penses-tu ? En tout cas, si maman et papa habitent un jour plus prêt l’un de l’autre, on en rediscutera car cela deviendra possible ».

Il est donc plus constructif pour l’enfant que vous fassiez une sorte de petite entourloupe par rapport au mensonge ou à la manipulation plutôt que de le nommer. Tout est une question de présentation.

Enfin, et pas des moindres, l’enfant, lorsqu’il répète les dires de son autre parent devient un messager. Le messager est toujours le moins protégé. Il se retrouve à devoir gérer les réactions des parents : la colère, l’indignation, la honte, le dégout… etc. Et puisqu’il est le messager, il pense qu’il en est responsable ! Maitrisez donc votre réaction, votre expression ? Tentez de montrer à votre enfant que cela ne vous atteint pas plus que cela. En dédramatisant, vous l’aidez ainsi à ne plus se sentir pris dans un conflit de loyauté, entre sa mère et son père. Montrez-vous plus intelligent que celui qui dénigre, détruit et utilise l’enfant pour faire du mal ou gagner une procédure juridique. 

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Published by Elodie CINGAL - dans Séparation - divorce
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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 08:32

Dans les contextes de divorce, j’entends régulièrement des parents parler de SAP – Syndrome d’Aliénation Parentale dès lors qu’ils sont rejetés par leur(s) enfant(s).

Or, le rejet d’un enfant pour son parent peut trouver une origine ailleurs que dans le conflit de loyauté propre aux séparations/divorces.

 

Le rejet de l’enfant pour son parent peut-être :

  1. La continuité d’une maltraitance familiale. Un enfant, témoin et complice de la maltraitance conjugale, continue dans le divorce à agir conformément à son parent maltraitant.
  2. Un enfant qui vit une situation difficile chez l’un de ses parents et qui en veut à son autre parent de ne pas le défendre, de ne pas l’aider… Il est toujours plus facile de s’en prendre à celui absent qu’à celui présent qui fait du mal !
  3. Un enfant qui rejette justement un parent maltraitant ou négligeant. Il est malheureusement rare que les parents soient conscients d’être maltraitants ou négligents !
  4. Ou enfin, un enfant qui s’en prend au parent le plus accessible par le rejet parce qu’il n’a pas le courage de s’opposer à l’autre. Le rejet de l’un est une manière de tenter de provoquer l’autre parent, le forcer à prendre sa place de parent. Un de mes patients n’a pas parlé à sa mère durant toute son adolescence. En thérapie, il a compris qu’il espérait que son père prendrait sa place de père en le remettant à sa place.

 

Le danger, en mettant tous les rejets d’enfants envers l’un de ses parents dans le panier du SAP, est de passer à coté de la vraie cause et donc de ne pas pouvoir trouver les bonnes solutions.

 

Cet article va se porter uniquement sur ces enfants (1) malheureusement pris dans la maltraitance conjugale, participant parfois activement à heurter, devançant même l’auteur de violence… Ce parent maltraité, au moment du divorce, se retrouve seul face, non plus à un auteur de violence, mais plutôt à plusieurs « bourreaux », les enfants étant actifs. Nous sommes alors dans une violence familiale.

 carica28.jpg

 

L’histoire de Mr O. (histoire vraie mais dont plusieurs détails ont été modifiés pour une meilleure compréhension du cas)

 

Mr O.  a connu sa femme il y a une vingtaine d’années. Dès le début, il pressent que Mme M.est compliquée. Elle a besoin de tout contrôler et de s’assurer qu’il sera à la hauteur.

 

A la naissance de leur premier enfant, Mr O. est resté chaque journée avec sa femme à la maternité. Au retour au foyer, Mme M. reproche à Mr O. « tu as profité de ma faiblesse. Tu as voulu prendre le pouvoir sur moi ». Et elle le boude durant plusieurs jours, et lui limite l’accès à leur enfant. Cet épisode a, semble t-il, structuré la qualité de la relation à ses enfants. Inconsciemment, il perçoit qu’il doit s’en remettre à la toute puissance de son épouse dans la relation qu’il est autorisé à avoir avec son propre fils, et plus tard avec ses deux derniers.

 

Par la suite, tout au long de leur vie de couple, et devant les enfants, Mme M. l’a

Disqualifié, humilié, rabaissé, ridiculisé pour tout et n’importe quoi. « Tu ne gagnes pas assez d’argent », « tu as un accent vulgaire », « tu manges mal »…

Epuisé physiquement et moralement en lui faisant faire des travaux jusqu’à 3 heures de matin durant plusieurs années alors que Mr O.  se lève à 06h00 pour son travail. Et quand il n’y avait pas de travaux, elle l’empêchait de dormir jusque tard du fait d’angoisse, de besoin de parler.

Rejeté en le laissant dormir dans le grenier sur un matelas avec une couverture, sans drap durant plusieurs mois. Parfois, il dort dans sa voiture ou dans le cabanon du jardin. (Mécanisme typique des hommes de dormir dans de mauvaises conditions pour éviter les crises de leur compagne)

frappé épisodiquement ; Parfois, plutôt rarement, elle jette des objets à son encontre devant les enfants.

empêché de voir sa famille sous principe qu’elle n’est pas assez bien.

menacé de vouloir le tuer

crié dessus régulièrement

menacé de divorcer et de ne plus jamais voir ses enfants chaque fois que Mr O.  se défend  ou s’oppose à ses volontés.

 

 

Mme M. a créé un environnement menaçant, hostile, imprévisible et angoissant. Mr O. a très vite compris qu’il devait se soumettre et ne pas répondre à Mme M.car cela provoquerait plus d’animosité. Afin d’éviter tout conflit, Mr O. a appris à identifier les besoins de son épouse et a mis toute son énergie à tenter de la combler. Il s’est isolé dans la famille de peur de mal faire. Il a pensé qu’en étant discret, on le laisserait tranquille. Quand les crises éclatent, Mr O. est démuni car il croit qu’il en est à l’origine. Le sentiment de culpabilité et la volonté de protéger ses enfants des crises de son épouse le privent de son objectivité. La peur panique d’être séparé de ses propres enfants fait que Mr O. accepte cette situation durant des années.

Elle a toute prise sur lui. Progressivement, il a été soustrait à sa propre pensée.

 

Alors qu’au départ Mme M. n’hésite pas à agir devant les enfants, elle doit quand ils commencent à être grand les happer dans sa maltraitance. Les enfants, apprenant à penser par eux-mêmes, pourraient un jour s’opposer à elle.

Alors, pour pouvoir justifier son attitude auprès des enfants grandissant, Mme M. a mis en place une campagne de dénigrement de Mr O en faisant participer directement ou indirectement les enfants :

 

Elle a tenu des discours disqualifiant le père  aux enfants : elle leur a raconté que leur père s’endormait durant leurs activités et que cela était la preuve de son indifférence. Elle a accusé le père d’être absent et un mauvais homme.

Régulièrement, Mme M. organisait des « tribunaux » dont Mr O.  était l’accusé, elle et les enfants les procureurs. Au départ, ces tribunaux n’étaient menés que par elle et l’ainé. Au fur et à mesure que les enfants grandissaient, les cadets étaient intégrés au processus. Mme M. réveillait l’ainé  ou les enfants pour surprendre ensemble Mr O.  dans son sommeil. Le grand, forcément dans l’incompréhension de ce qu’il faisait, a pris la place de son propre père et lui a sommé de changer, l’a accusé d’être un incapable et qu’il avait promis à la famille qu’il ferait des efforts. Les reproches sont des reproches généraux, sans précisions, apparemment basés sur une représentation collective d’un père défaillant Chaque membre du groupe est pris dans le fantasme sans bien savoir de quoi il est constitué Mr O. ne sait pas ce qu’on lui reproche et ce qu’on attend de lui mais il n’en a même plus conscience. Ses enfants, eux-mêmes, n’ont jamais défini les points de changement.

Mme M. a découragé toutes les expressions d’attachement à l’encontre de Mr O. Lorsque celui-ci profite d’un moment pour cajoler sa fille, pour avoir une activité avec un des ses fils, sa femme le somme automatiquement de faire quelque chose ou elle en profite pour le discréditer. Elle interfère ainsi dans la relation directe aux enfants. Les enfants, à force de voir leur mère décider pour lui et le priver d’affection enregistrent ce découragement comme un fait normal et le reprouise. M. O incapable de se défendre, laisse faire.

Elle lui a imposé un traitement différent de celui réservé aux autres membres de la famille. Alors que les enfants sont mis en valeur, Mr O.  est critiqué en permanence devant eux. Alors que les enfants peuvent vaquer à leurs occupations, Mr O.  devra s’acquitter de tâches que Mme M. aura préalablement définies.

Elle entraine systématiquement les enfants contre le père. Lorsqu’il tente de soutenir sa femme, elle le rejette ouvertement devant les enfants, lui signifiant son incompétence. Et lorsqu’il reste à distance, elle dit aux enfants combien leur père est indifférent, sans cœur. Les enfants sont soit pris à témoin soit rendu complice des agissements de leur mère.

 

Au fur et a mesure, les enfants se soudent à la mère et observe leur père avec un regard critique, celui de la mère. Le père, isolé dans sa famille, ne sait plus comment être, comment faire et comment parler. Il devient l’ombre de lui-même, nourrissant du coup les observations et critiques.

 

Dans ce contexte affaibli et isolé, il est aisé de comprendre que Mr O. n’est plus en état pour comprendre ce qui est en jeu dans sa famille.

 

Mme M. a réussi à faire de sa violence une violence collective dans laquelle personne ne sait vraiment ce qui est en jeu. Elle a pris le contrôle sur tout le monde et généralise son attitude, justifiant, défendant ainsi ses mauvais traitements. Si tout le monde est d’accord avec elle, c’est que Mr O. est bien le responsable et le coupable des problèmes de la famille.

L’ainé de la famille a développé une relation privilégiée avec sa mère. Il prend la place de son père, gagnant en gratification narcissique. Perdre ce lien reviendrait à tout perdre.

Les deux cadets suivent les deux autres maltraitants, ne voulant pas risquer de faire, eux-mêmes, les frais de leur mère. Et puis, le temps aidant, finissent par penser que le père est nocif.

 

Mme M. a utilisé les autres ou les effets de ses mauvais traitements (l’épuisement et ses conséquences) pour se déculpabiliser. Elle abesoin de son objet de persécution (Mr O.) pour exister, et ce, d’autant plus que cet objet est ce qui la lierait aux autres membres du groupe. Sans l’objet de persécution, les liens avec les autres disparaissent. Le bouc émissaire lui sert de faire valoir. Elle doit donc entretenir l’image du père nocif, faible, etc.

 

Les enfants du couple O.et M. sont des enfants probablement en très grande souffrance, souffrance basée sur le fantasme que leur mère entretient du père.

Dans le cas de Mr O. nous sommes dans un cas différent d’un syndrome d’aliénation parentale. Nous sommes face à des enfants qui IMAGINENT leur père nocif et qui organisent leur vie en fonction de paramètres irréels, et ce depuis toujours

Les enfants n’ont pas eu, comme dans le cadre d’un SAP, un passé avec un père réel. Ils n’ont eu accès qu’à un père représenté par leur mère.

 

Avec la requête en divorce lancé par Mr O., la mère a pu prolonger la maltraitance et maintenir sa place centrale auprès des enfants. Ceux-ci, bien sur, sont convaincus du bien-fondé de leur rejet. Ils demandent au Juge des Affaires familiales à ne plus jamais voir leur père car « il est bizarre » !!!

 

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 08:58

Lou n’est pas une enfant conçue pour de bonnes raisons. Ces parents se sont mariés à 18 ans ; elle pour fuir son père maltraitant et lui pour obtenir son héritage en avance. Ils ne s’aiment pas mais jouent le jeu.

Val nait un an après le mariage. Un 2ème enfant est programmé pour tenter de sauver ce qui en peut être sauvé ! Lou nait. Elle est tout de suite la petite chose à papa. Il l’adore. Elle tombe malade à deux mois et se trouve hospitalisée durant un mois. C’est son père qui reste à l’hôpital. Lou a une relation privilégiée à son père pendant que Val est la préférée de sa mère.

Durant 2 ans et demi, ses parents se détestent de plus en plus jusqu’au jour où sa mère tombe amoureuse et quitte précipitamment son père pour aller s’installer à 300km.

Jusque là, Lou connait la vérité, celle des deux parents. C’est à partir de la séparation et du divorce que les choses se corsent !!

Durant l’enfance :

Version de la mère auprès de Lou: « J’ai quitté ton père parce que c’était un bon à rien, un coureur de jupon. J’étais une enfant quand je l’ai rencontrée et je ne pensais pas qu’il serait aussi mauvais. Il m’a fait beaucoup de mal. J’ai souffert le martyre avec lui ! J’ai déposé une plainte contre lui car je suis tombée sur lui en train de se faire masturber par toi dans le bain. Il était affreux. Il était cuisinier et sortait en boite et rentrait soul tôt le matin. Il vous a abandonnées, toi et ta sœur. Il ne prenait pas ses Droits de Visite et d’Hébergement au sérieux. Une fois, tu as fait une grosse fièvre à presque 40° et il t’a laissée à l’aéroport parce que ça le soulait !! On a du appeler ta grand-mère à Paris pour qu’elle vienne te chercher en urgence. Après cela, on ne l’a plus jamais revu ! Tant mieux pour toi ! Il n’a jamais payé de pension alimentaire. Il s’en foutait de vous ! » Et plus tard à l’adolescence « si tu continues comme cela, je vais t’envoyer chez ton père. Oui, je sais où il est et tu vas voir la vie de misère que tu vas vivre là-bas !! Il est incompétent, jenfoutiste, égoïste, incapable de s’occuper d’enfant. … »

Version du Père : Aucune puisque Lou n’a pas eu l’occasion de discuter de cela avec son père durant toute son enfance !

Ce que comprend Lou enfant : Lou n’a qu’une version dans laquelle tout est mélangé, le père et l’époux de sa mère. Elle se sent obligée d’adhérer à sa mère car elle vit chez celle-ci qui se présente en victime qui a horriblement souffert de son père. Elle est même reconnaissante à sa mère de l’avoir isolé de cette personne affreuse. Elle se sent sauvée des griffes d’un probable incestueux. Parce qu’elle a été l’enfant préféré de son père et que durant ses 3 premières années, elle a été essentiellement élevée par lui, elle a été abandonnée doublement. Sa mère continue d’avoir une relation particulière à sa grande sœur et son père « s’est tiré » ! Lou est donc seule et elle a peur de perdre le peu d’équilibre qu’elle trouve au sein du foyer maternel. Elle cherche désespérément l’amour de sa mère et aller chez son père semble pire !! Lou n’entend pas que sa mère est partie précipitamment avec un autre homme pour vivre à 300km. Elle ne se demande pas pourquoi la plainte n’a pas été instruite, ni pourquoi sa mère ne l’a jamais envoyé chez un psy pour comprendre le geste malheureux de son père dans le bain. Elle croit sa mère car elle n’a pas d’autres versions.  Elle croit sa mère car on ne lui a jamais dit qu’elle pouvait analyser la vie autrement. Elle applique le système de pensée qu’on lui a enseigné !

A 22 ans :

Quand Lou a 22 ans, elle décide de retrouver son père et de le rencontrer. Elle découvre que son père a un fils. Elle passe 2 jours avec lui et son frère. Elle entend enfin la version de son père.

Version du Père : « J’étais dans l’hôtellerie. C’est un milieu particulier. Jetais un coureur de jupon. Je sortais beaucoup après le travail. Je suis encore comme ça. J’ai trompé ta mère, j’ai trompé la mère de Théo (son demi-frère), je bois comme un trou en soirée. Mais j’ai toujours été un bon père. J’ai toujours été là pour toi, ta sœur et ton frère. Je suis inconsistant avec les femmes mais pas avec mes enfants. Quand ta mère est partie, je m’en foutais mais j’ai souffert la mort que VOUS, mes filles ne soyez plus là ! Votre mère a tout fait pour que je ne vous vois plus. Elle ne me laissait jamais vous appeler ni vous voir comme je le voulais. Un jour tu es venue en vacances à Paris où je travaillais et tu as fait une énorme fièvre. J’ai contacté ta mère pour qu’elle vous récupère plus tôt  car je ne pouvais pas m’occuper de vous à cause de mon travail. Je vous ai mis à l’aéroport pour prendre l’avion. Ta mère a inventé un abandon de ma part et je ne vous ai jamais revues. Pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé ! Elle  m’a même accusé d’inceste sur toi !! Tu te rends compte ? Ta mère a toujours joué les victimes, mais elle a aussi des choses à se reprocher. Elle n’est pas aussi vierge qu’elle le dit. D’ailleurs, je suis sur qu’elle ne vous a jamais remis les cadeaux que je vous envoyais pour noël et vos anniversaires !! Ta mère m’a trompé avec cet homme et elle m’a quitté pour lui. De toute façon, elle me reprochait d’être trop gentil. Elle aurait voulu que je la frappe comme votre beau-père !

et blabla bla sur ta mère et ceci cela sur ta mère »

Ce que comprend Lou à 22 ans : Lou ne croit pas son père et voit même en sa version une confirmation des attouchements puisque c’est lui qui a amené le sujet. Elle le déteste et se dit que sa mère a bien raison. Elle est choquée par les critiques envers sa mère, elle, la seule à l’élever avec son beau-père. Elle maudit l’homme et est bien contente qu’il n’ait pas été son père.  Elle se dit même que cet homme ne sait rien sur elle contrairement à son beau-père qui la connait (qui est pourtant violent)! Lou ne supporte pas les petits noms que son père utilise à son encontre. Son père lui parle comme s’ils ne s’étaient jamais quittés ! Elle ne veut plus jamais le voir ! Et elle applique sa volonté. Elle coupe à nouveau les ponts.

La bêtise du père : au lieu d’apprendre à connaitre sa fille, il critique sa mère. Or, la mère de Lou est la seule chose qu’elle a. Le père, tellement en souffrance du passé, veut aller trop vite et restituer une vérité que Lou n’est pas encore en mesure d’entendre. Il ne laisse pas le temps à Lou d’être curieuse et d’aller à son rythme. Son père lui fait violence et renforce le rejet de sa fille. Il espère que sa fille pourra adhérer à sa version, qu’elle sera capable de le réparer du mal fait par la situation. Or, Lou ne peut pas être empathique envers cet homme qui a été identifié comme un bourreau toute sa vie, pas encore ! Son père va également trop vite. Il se positionne d’emblée comme un père alors qu’il n’est pas identifié ainsi. N’oublions pas que Lou a un père, son beau-père ! La place est prise. Son père, lui, est un inconnu. La réalité veut qu’elle ne le connait pas. Elle est curieuse mais pas demandeuse d’un père !

Adulte :

Vers 33 ans, Lou reçoit un mail de son frère qui lui dit qu’il aimerait la rencontrer. Lou accepte car elle a gardé un excellent souvenir de ce petit bonhomme… qui d’ailleurs adorait son père ! Elle se dit également que ce garçon n’est pas responsable de l’infamie de son père.

Durant la rencontre, Lou est estomaqué de voir combien Théo, qui a 26 ans, aime son père et se sent complice de lui. Il parle de son père en de vrais termes : « C’est un fêtard. Il est irresponsable souvent. Il m’a appris à conduire à 14 ans, ce qui rendait ma mère folle. Mais, quel souvenir ! Quand mes parents ont divorcé parce que mon père sortait trop et la trompait, j’ai été pendant un temps en résidence exclusive chez ma mère et mon père m’accueillait chaque fois qu’il ne travaillait pas (donc 2 jours par semaine). Quand ma mère a rencontré son mari actuel, je suis parti deux ans en résidence exclusive chez mon père et j’allais voir ma mère quand je le souhaitais, c’était génial. J’adore mon père. C’est vrai qu’il est panier percé et que je ne peux pas compter sur lui financièrement et qu’il n’a pas aidé ma mère, mais c’est mon papa ».

Suite à cette rencontre, Lou se pose 10000 questions sur cet homme et elle veut revoir son père. Elle est plus mure et elle connait mieux la vie.

Elle prend le train et va lui rendre visite durant deux jours toute, seule.

 

Ce que découvre Lou adulte : Lou a découvert qu’en effet son père est un fêtard, panier percé et « queutard ». Le père s’en vante même, ce qui l’irrite au plus haut point. Mais, elle a découvert grâce à son frère qui a eu ce père, que c’est une belle personne. Son père n’a jamais été violent, ni négligent. Son père est mauvais mari mais un père satisfaisant. Il sait se rendre disponible pour ses enfants. Il déborde d’amour. Elle a compris qu’elle n’avait eu qu’un son de cloche, celui de sa mère et qu’à 22 ans, elle a écouté et regardé cet homme à travers le prisme de celle-ci. Elle a compris que son père, aussi farfelu qu’il soit, aurait pu avoir une place de père et aurait pu lui apporter tout un amour et un univers auquel elle n’a pas eu le droit parce que sa mère en a décidé ainsi ! Elle a pu discuter ouvertement des attouchements et constater que c’était bien des mensonges. Lou avait commencé une thérapie à 20 ans pour essayer de comprendre les conséquences que ces attouchements ont pu avoir sur elle. Mais, c’était inutile, elle ne présentait aucun symptôme d’enfant abusé ! Elle a toujours eu le sentiment que cette histoire ne lui appartenait pas ! Elle a pu également se restituer une partie de sa famille, ses oncles et tantes, ses cousins. Elle a compris qu’elle était passée à coté d’une 20ne de cousins de son âge ! Elle a découvert en recoupant des infos avec son père que sa mère avait subi de l’inceste et qu’elle avait tenté de le cacher à tout le monde, mais surtout à elle-même. Elle a compris pourquoi sa mère accusait son père mais aussi pourquoi elle avait toujours insinué que son beau-père pouvait être  dangereux pour sa sœur et elle.

Lou a compris qu’elle devait analyser avec  un regard d’adulte la situation de ses parents. Elle a remis l’histoire dans son temps, les années 70. Elle a replacé les éléments d’histoires familiales de chacun de ses parents. Mais surtout elle a choisi en adulte de ne plus être instrumentalisé et donc de décider d’une version intermédiaire qui serait acceptable à ses yeux ! Elle a repris le contrôle sur son histoire.

Aujourd’hui : Lou ne parle plus à sa mère, non pas à cause de ses mensonges mais parce que sa mère est devenue une personne méchante au fur et à mesure qu’elle avançait dans la vie. Elle n’est pas parvenue à créer un lien avec son père car ils sont trop différents. Elle regrette de ne jamais avoir pu dire « Papa », de ne pas s’identifier comme l’enfant d’un père. Elle sent bien que quelque chose a manqué et manquera toujours. Elle se demande même si son non-désir d’enfant ne vient pas du fait qu’elle a été amputée d’un père, même queutard, même panier percé et même fêtard !!  Elle se sent totalement déracinée et comprend enfin qu’elle va devoir créer des racines à partir de son âge adulte. Elle peut enfin accepter de rentrer dans une relation engagée car elle sait d’où elle vient !

Elle ne parle pas en de mauvais terme de son père. Elle est consciente qu’elle est passée à coté de lui et qu’elle en a perdu ! Elle est restée en contact avec son frère, ce qui lui permet de rester prêt de son père sans avoir à le confronter. Lou trouve dommage qu’ils soient si différents et elle est consciente que c’est l’homme d’aujourd’hui qu’elle n’aime pas, pas celui qui n’a pas pu s’occuper d’elle ! 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 09:21

 

Je nommerai dans tous les exemples les individus par Camille et Sacha, des prénoms mixtes, car il n’est nullement questions ici de préférences sexuelles Les conseils doivent pouvoir s’appliquer tant à la femme/ mère qu’à l’homme/ père. Le genre sexuel nous laisse indifférent. Tout sera donc rédigé au masculin afin d’éviter toute tentative d’appropriation par l’un ou l’autre des groupes.

Dans toutes les histoires Camille sera le plus fort et Sacha le plus faible. 

 

Histoire 1 : Camille vole progressivement les bibelots de valeurs afin de ne pas avoir à répartir les biens auprès du JAF

Histoire 2 :Camille et Sacha ne parviennent plus à communiquer et les enfants ont tout pouvoir sur chacun des parents

Histoire 3 :  Camille a les enfants en Résidence Exclusive et refuse de donner des affaires pour les enfants ou jettent ceux qui viennent de chez Sacha


Camille vole progressivement les bibelots de valeurs afin de ne pas avoir à répartir les biens auprès du JAF

Camille et Sacha ont tous les deux un emploi très rémunérateur et ont bien acquis durant le mariage. Camille est très matérialiste et dans son projet de divorce, seul les biens le préoccupent.

Sacha constate un jour que certains bibelots de valeur, de taille discrète ont disparu de l’appartement. Il ne reste aujourd’hui plus de trace des achats ou des cadeaux reçus en commun ou individuellement durant le mariage. Il ne peut donc plus en réclamer la moitié.

Sacha panique et vient chercher conseil.

Il confie son inquiétude à rentrer chez lui et voir l’appartement vidé de certains meubles et bibelots.

Le conseil : faire venir un huissier qui constatera la présence des objets présents dans l’appartement.

Si la relation entre les deux individus est suffisamment consensuelle, cette visite peut se faire avec l’accord des deux.

Sinon, comme dans le cas présent, il s’agit de faire venir l’huissier à un moment où l’autre sera absent. Le timing est donc crucial.

Il s’agira ensuite de bien savoir mettre en valeur certains éléments dans le rapport de l’huissier.

L’idée ici est de protéger Sacha mais aussi Camille. En effet, chacun sera alors dans l’obligation d’être honnête et juste dans l’existence de tel meuble ou bibelot. 

 

Camille et Sacha ne parviennent plus à communiquer et les enfants ont tout pouvoir sur chacun des parents


Camille et Sacha ont vécu un divorce conflictuel et ne se supportent plus aujourd’hui. Il ne leur a pas été possible de mettre en place une communication autour des enfants. Le couple n’a pas donné naissance à une équipe parentale.

Les enfants en sont les premières victimes. Ils deviennent trop vite adultes, sont pris en étau et ne savent plus comment obtenir des éléments nécessaires à leur quotidien.

Néanmoins, les enfants en tirent également un bénéfice, celui de contrôler la relation avec le parent avec lequel il est là maintenant.

Sacha refuse un privilège que Camille a accepté. Camille dispute l’enfant mais celui-ci dit que c’est Sacha qui le lui a demandé.

Comment faire ? Comment vérifier alors que les deux parents ne communiquent plus ?

Le Conseil : Acheter un simple cahier par enfant qui appartient à l’enfant et qui se ballade avec l’enfant chez l’un et l’autre des parents.

Ce cahier sert à informer l’autre parent de ce qu’il se passe chez l’un et l’autre.

Par exemple :

Cahier de Clara (3 ans):

12/10/2009 : Clara a vomi cette nuit. Elle allait mieux aujourd’hui mais à surveiller.

Elle m’a dit qu’elle aimerait faire de la natation. Je ne m’y oppose pas, et toi ?

19/10/2009 : Clara me dit qu’elle a le droit de se laver seule chez toi et elle refuse que je m’en charge. Je suis embêtée de la laisser faire. Elle ne se lave pas correctement, elle oublie de faire son visage, ses pieds…etc.

Clara a voulu prendre une poupée, penses à me la rendre à la prochaine visite.

 

Cahier de Théo (6 ans) :

12/10/2009 : Théo me dit  qu’il a le droit de manger 3 petits pain avec du Nutella + 3 chocós le matin avec son bol de chocolat chaud. Ne trouves tu pas que cela fait beaucoup pour un petit garçon de 6 ans qui a tendance à l’embonpoint ?

19/10/2009 : Oui pas de problème pour que Théo soit chez toi ce WE là pour qu’il aille à la fête de son copain. Mais, non pour l’échange du WE 1 avec le 2 du mois de décembre car j’ai déjà quelque choses de prévu.

J’ai constaté que Théo était très motivé par la lecture, c’est super. Pourrions-nous envisager une inscription à la bibliothèque.

Etc..

L’intérêt de ce cahier est :

l’enfant peut le lire et ce livre représente pour lui le maintien du lien avec ses deux parents. La séparation devient moins difficile puisque l’équipe parentale existe toujours.

cela empêche l’enfant de manipuler l’un et l’autre de ses parents puisqu’il sait- il en a la preuve car c’est écrit - que les parents se disent les choses le concernant.

les parents doivent conserver un ton neutre et non accusateur car ce livre restera une trace dans la vie de l’enfant. Ce livre permettra à cet enfant de vérifier à l’avenir qu’aucun parent ne s’est servi de lui.

Très souvent, après une année (un peu plus parfois), le lien oral entre les deux parents se restaure car à travers ce cahier, les angoisses diminuent et la confiance dans une équipe parentale se créé ou se restaure.

Ce cahier permet de donner du temps au deuil tout en permettant une éducation conjointe de l’enfant.

Bien évidement, certains parents s’y opposeront, souvent de peur d’être trop critiqué ou par rejet excessif de l’autre parent (mais dans ce cas, peu de choses peuvent améliorer cette absence de relation) mais il ne coute rien d’en faire la tentative.

 

Camille a les enfants en Résidence Exclusive et refuse de donner des affaires pour les enfants ou jettent ceux qui viennent de chez Sacha


Ne pas se battre et tout acheter en double. Si les finances ne le permettent pas allez sur des sites communautaires, beaucoup de gens aiment à aider les gens dans la difficulté en revendant leurs affaires ou même en les offrant.

Ne pas proposer aux enfants d’amener leurs jouets, vêtements ou objets chez Camille, c’est le mettre dans la situation où Camille les jettent à la poubelle ou les confisquent. Les enfants alors risquent de développer un rejet pour Sacha car il est celui qui amène chez Camille de l’animosité. Il s’agit de faciliter les relations entre Camille et les enfants même si Camille se débrouille pour tout salir. Les enfants prendront toujours parti pour le parent chez qui ils vivent car c’est la qualité de leur quotidien qui est en jeu.

Néanmoins, si l’enfant demande à Sacha de prendre un objet ou un jouet pour aller chez Camille car il veut apporter un peu de Sacha dans sa maison avec Camille, il faut accepter car l’enfant est en demande. Et cette demande vient cacher un manque. EN revanche, il s’agit d’accepter de risquer de ne plus jamais voir cet objet. Si celui-ci est un objet de valeur, il est possible de négocier avec l’enfant un autre objet moins précieux. L’enfant est capable de comprendre que certains objets doivent rester chez Sacha.

 

www.psy-conseil-divorce.com

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 21:01

Aujourd'hui en France, près d'un mariage sur deux se termine en divorce et il n'est plus rare de divorcer après 50 ans. Pourquoi ? Comment gérer cette situation ? Quels sont les effets sur la famille ? Les réponses avec Elodie Cingal, psychothérapeute à Paris.

 

- Les divorces après 50 ans, cest fréquent ?

« Pas encore totalement, mais ça commence à l’être. Je vois souvent des personnes de 50 ans divorcer une fois que les enfants ont quitté le foyer. Souvent même ils divorcent après que leurs propres enfants l’aient fait. C’est comme si cela leur donnait l’autorisation de passer à l’acte.

Avec une espérance de vie qui tourne autour de 80 ans aujourd’hui, on a encore de belles années devant soi. On n’a plus envie de les passer à s’ennuyer, surtout si le couple est malheureux. »

- Y a-t-il des conséquences à divorcer après 50 ans dans la relation avec ses parents ?

« Pour les cinquantenaires, annoncer son divorce à la famille revient à l’annoncer à des parents d’une génération réfractaire et dans la méconnaissance du problème ! On est convaincu que l’on va les décevoir et que la dernière image qu’ils vont conserver sera celle de son échec marital. »

- Est-il plus simple de divorcer à 50 ans, une fois les enfants presque adultes ?

« Quand les enfants sont petits, on tend à les protéger, à culpabiliser du mal qu’on va leur faire. À 50 ans, les enfants sont partis ou presque, et on fait la bêtise de croire qu’ils seront suffisamment matures et forts pour encaisser un divorce. Or, on reste les enfants de nos parents à tous les âges, et on fantasme sur le couple parfait et uni.

Ce qui ne change jamais dans le divorce, c’est le conflit de loyauté dans lequel on peut mettre son enfant ! Que l’on ait 10 ans ou 30 ans au moment du divorce de nos parents, on se sent la responsabilité de soutenir le parent le plus fragile. »

- Les proches sont-ils plus inquiets pour une personne qui divorce tard ?

« Oui, pour deux raisons. La première, c’est la peur de la solitude. Il est difficile d’imaginer que ce proche réussira à rebondir et à se refaire une vie sociale, à trouver de nouvelles activités et à rencontrer un nouveau partenaire. Eh oui, le divorce fait miraculeusement disparaître un bon nombre d’amis et de relations !

Et puis, un divorce entraîne une baisse considérable du pouvoir d’achat et de la qualité de vie. Les proches ont peur de voir le futur divorcé ne pas s’en sortir. Sans compter que le divorce peut s’accompagner d’une dépression et/ou d’une perte de travail qui isole encore plus. Car nous savons qu’il est difficile, en France et ailleurs, de retrouver un job après 50 ans. »

- Peut-on retrouver l’amour après 50 ans ?

« Bien sur, et heureusement ! On a des centaines de témoignages de cinquantenaires quiredécouvrent l’amour et qui se sentent bien moins stressés que dans les relations précédentes. La seule pression est le jeu de l’amour, pas les enfants, pas le social, pas le job. Seule la relation compte, et tant mieux ! Il était temps ! »

http://quintonic.fr/loisirs/magazine/famille/divorce-apres-50-ans-les-consequences-sur-sa-famille

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 10:54

Il n’est pas rare que suite à un divorce, un enfant se retrouve à jongler entre deux styles d’éducation. Parfois, La différence est raisonnable comme le cas d’une maman plus ou moins laxiste qu’un papa. L’enfant a le droit de veiller un peu plus tard ou de se reposer le soir en rentrant de l’école avant de faire ses devoirs…. Lorsque les différences sont minimes, ce n’est pas forcément grave. L’enfant apprend par là-même à jongler avec la vie, à s’ajuster et comprend que le monde est constitué de différences.

 

Si les parents communiquent raisonnablement, il est toujours possible pour eux de discuter ensemble et tenter de rapprocher les deux modes d’éducation. Maman laisse le petit regarder la TV jusqu’à 21h00 et papa laisse l’enfant lire jusqu’à la même heure. Ce n’est pas de regarder la TV ou lire qui sera pertinent mais que l’enfant puisse suivre le même rythme de sommeil chez papa comme chez maman. Le fait d’avoir des activités différentes chez l’un et l’autre est plutôt enrichissant et à conserver !

 

Si en revanche, les parents appliquent des systèmes d’éducation diamétralement opposées, alors l’enfant va en pâtir. Il n’est pas rare que cette opposition extrême soit le fait d’un conflit violent, manifeste ou latent, entre les deux parents. Chaque parent pense « donner une leçon » à l’autre en appliquant ce qui lui semble le plus juste. Le conflit est au centre et non pas l’enfant. L’enfant devient même l’instrument pour narguer l’autre parent.

On peut voir des enfants qui ont accès dès 8 ans à l’ordinateur de manière libre, qui reste debout jusque tard alors que chez l’autre parent, c’est au lit à 20h30 pile, aucun accès à l’ordinateur. J’ai également rencontré des enfants dont l’un des parents tenait des propos très raciste alors que l’autre travaillait avec le monde africain. Ou encore un parent qui laisse l’enfant ne plus faire preuve de politesse tandis que l’autre est très à cheval !

 

L’enfant se retrouve alors à subir deux systèmes différents mais surtout deux rythmes et messages différents. Alors qu’il n’a pas encore accès à la libre pensée, à l’autonomie, on le met en situation de devoir estimer un système plutôt qu’un autre. La capacité d’ajustement, du fait de ces différences extrêmes, n’est pas acquise car subit. Son énergie sera plus mise au service de l’adaptation que de l’ajustement. Au lieu d’apprendre la vie, l’enfant apprend à s’adapter et peut s’épuiser. De plus, cette éducation opposée induit qu’un parent est plus compétent qu’un autre et pourrait donc mériter plus d’amour. Au lieu d’aimer naturellement et de s’identifier à ses deux parents, l’enfant se trouve dans la situation de devoir choisir lequel est le plus valorisant pour lui. Or, je n’ai jamais vu d’enfant préférer la sévérité à la laxité ! L’amour que l’enfant portera à son parent ne sera pas basé sur ses compétences de parents mais sur sa capacité à le laisser faire ce qu’il veut. L’enfant est donc en danger de devenir un électron libre et donc présentera, si la situation dure, des troubles du comportement.

 

Il faudrait bien sur que les deux parents puissent se parler afin d’ajuster leurs éducations et qu’ils se concentrent sur l’essentiel, l’enfant. Cependant, si l’enfant est un instrument pour prouver que l’on est mieux que son ex, on est alors aveuglé sur les conséquences sur l’enfant. La leçon à donner est supérieure à la sérénité de l’enfant.

 

Si vous êtes séparés, faites l’effort, même si douloureux, de questionner votre enfant sur son rythme et ses habitudes chez l’autre parent et consultez un ami, un psy, un membre de votre famille, pour pouvoir discuter de ces deux rythmes et tenter de vous rappeler les bases de l’éducation, de ce qui est important pour l’enfant.

 

Il est courant de voir un parent culpabiliser de la séparation (d’où la colère) et, de fait, vouloir « gâter » l’enfant en cédant sur des règles ou en appliquant un système qui gratifie l’enfant. Or, dans ces contextes, on perd de vue, le fait que l’enfant, lorsque ses parents se séparent, a encore plus besoin de voir les anciennes habitudes appliquées. C’est justement ce qu’il lui reste de connu et de rassurant !

 

Si le conflit perdure et que l’enfant subit ces différences, il s’agit alors d’aller consulter un psy pour pouvoir comprendre pourquoi, moi, en tant que parent, je ne parviens pas à calmer ma colère contre l’autre, pourquoi cette haine m’anime ? C’est en réglant la douleur à la base que les choses s’apaiseront. Et l’enfant en sortira apaisé. 

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 08:59

Elodie CINGAL, psychothérapeute, spécialisée aux affaires familiales (séparation/divorce, recomposition familiale, violence conjugale, pathologie familiale…) s’est amusée à questionner deux papas séparés. Les hommes sont-ils différents des femmes quand ils sont papas solos, quand ils refont leur vie.. ?

Elle pose une question par jour !

 

Lundi : Pourquoi êtes vous séparés ?

Mardi : Où vous situez vous par rapport à l’autorité parentale conjointe (école, activité, santé…) ? Comment vous entendez-vous avec votre ex-compagne ?

Mercredi : Racontez-moi la vie, week-end ou quotidien, avec les enfants !

Jeudi : Comment combinez-vous vie de père solo avec la vie professionnelle ?

Vendredi : Avez-vous refait votre vie? 

 

Luc, pompier de Paris depuis 12 ans, 34 ans, divorcé après 11 ans de relation et 4 ans de mariage. Deux enfants, une grande de 8 ans et un petit de 6 ans. Luc habite à Paris et la maman et les enfants en banlieue proche, à 20 mn porte à porte en voiture. Le jugement de divorce autorise le père à voir ses enfants les weekends 1-3-5 et mardi/ mercredi 2-4 de chaque mois et la moitié des vacances.

Eric, ingénieur commercial, 42 ans, en instance de divorce depuis Avril 2010 après 15 ans de relation et 10 ans de mariage. Deux filles, 9 et 7 ans. Eric habite dans le 8ème et la maman dans le 1er, les deux sur la ligne  1 du métro. Les filles sont en résidence alternée, une semaine sur deux.

Lundi :

Pourquoi êtes vous séparés ?

Luc : J’ai rencontré ma femme quand j’avais 19 ans, elle en avait 18 ans. J’avais peu d’expérience avec les filles et elle a été très entreprenante avec moi. Je me suis laissé faire et j’ai suivi tout ce qu’elle demandait. Ma femme a voulu faire dans les règles de l’art. 6 mois après notre rencontre, elle a présenté nos parents respectifs. A peine deux ans après, on célébrait des fiançailles. Parallèlement, ma femme ne supportait pas que je sorte, que je fasse des choses pour moi. On s’était rencontré autour du sport et la seule chose qu’elle acceptait, c’était que j’aille courir ou faire du vélo. J’étouffais dans mon couple mais je pensais que c’était normal, que c’était pareil pour tout le monde.

Une fois qu’elle a eu sa licence, son père nous a trouvé un appartement HLM dans un immeuble sympa de 5 étages. Puis on a voulu des enfants. J’ai toujours voulu avoir des enfants jeune ! La grande est née, quel moment de bonheur ! Elle a colmaté le couple, redonné un sens. On a lancé le deuxième !

Un mois avant que ma femme ne réalise qu’elle était enceinte du 2ème, j’ai rencontré Claire. Au départ, Claire n’était là que pour des relations sexuelles. Ma femme n’était pas très généreuse sur ce plan. Je ne voulais surtout pas tomber amoureux. Je voulais rester marié à la même femme toute ma vie et offrir à mes enfants un foyer stable.

Mais, voilà, Claire a été tout de suite un rayon de soleil. Là où je croyais que tout le monde vivait la même chose dans son couple, j’ai découvert qu’on pouvait être libre et aimer, qu’on pouvait être spontané. Claire est une femme autonome, indépendante dont la vie est tournée vers l’extérieur. Ma femme voulait aller tous les ans en vacances dans la propriété de ses parents, chaque week-end était autour de ses parents ou les miens. J’aimais beaucoup ses parents, j’aime les miens mais il n’y avait aucune place pour la surprise. Je dois admettre que je ne faisais pas beaucoup d’effort pour mettre du peps dans notre couple. J’étais passif.

Dès que j’ai su que ma femme était de nouveau enceinte, j’ai quitté Claire. Je voulais être sérieux et respectueux envers ma femme mais surtout envers mon enfant à venir. On a à peine tenu 4 jours avant de recraquer. On a passé une année à rompre et à recraquer ! C’était dur pour elle, surtout quand mon fils est né. Je ne l’ai pas vue pendant 4 mois. Je voulais réussir à la quitter et retourner vers ma femme.

Et puis, un jour, j’ai réalisé que je ne pouvais plus rester avec elle. Je n’aimais vraiment pas ma vie et surtout cela faisait longtemps que je ne l’aimais plus. Je l’ai aimé au début, comme un ado qui découvre la vie. Puis très vite ce sont les habitudes qui ont donné l’illusion.

Alors, après 15 mois de mensonge, j’ai décidé de quitter ma femme et de refaire ma vie avec Claire. Au départ, je me suis installé seul avec mes enfants. Je ne voulais pas aller trop vite. Claire et moi, on s’aimait, mais comme amant, comment savoir si on supporterait le quotidien ? C’est ce qui m’a donné la certitude que je ne quittais pas ma femme pour Claire, mais uniquement parce que, si je n’étais pas malheureux, je n’étais pas heureux !

 

Eric : J’avais 26 ans quand j’ai rencontré ma femme. On était tous les deux bénévoles dans une association. Je l’ai trouvé tout de suite belle et elle dégageait une froideur qui me donnait envie de la connaitre encore plus. J’étais vierge alors et donc excessivement timide. Elle est venue vers moi et nous sommes sortis ensemble. Je n’en revenais pas. J’ai été fou d’elle pendant nos 15 années ensemble. Si elle ne m’avait pas quitté, je serai encore avec elle.

Dans la séparation, elle m’a fait subir les pires accusations, de la diffamation au point où les commerçants de notre quartier ont refusé de me servir.

Ma femme n’a jamais quitté ses parents. Nous avons acheté un appartement deux étages en dessous du leur. Elle a acheté en SCI une propriété avec eux dans laquelle nous partions en vacances avec ses parents… chaque vacance ! Je faisais les travaux en m’occupant des enfants. Je trouvais normal qu’elle se repose.

A la maison, au quotidien, je m’occupais des courses, de la cuisine et des enfants. Ce n’est pas une plainte, j’adorais ça !! Je m’occupais de mes trois petites femmes. Et c’est le cas de le dire. Ma femme était en fait une enfant. Et nous avions donc des rapports très platoniques. Je savais que ce n’était pas normal de n’avoir des relations sexuelles que tous les deux trois mois, mais je me faisais une raison. J’étais heureux, du moins je me croyais heureux !

La seule chose qui me pesait réellement, c’était l’absence totale de tendresse. Je ne pouvais la prendre par la main, m’allonger à coté d’elle, l’envelopper dans mes bras. Tout cela, je ne l’ai pas connu, ou du moins pas longtemps.

Un jour, la police m’appelle, me dit que ma femme a fait une main courante contre moi et m’encourage à aller consulter un psy au Centre Psychiatrique d’urgence à St Anne car je m’automutilerai et que je serai dangereux pour ma femme. Elle a peur ( ????).

Obéissant, comme toujours, je m’exécute. Le psychiatre conclut que rien chez moi n’est inquiétant. Je rentre chez moi, le soir. Pas de femme. Elle a passé deux mois chez ses parents en me laissant les filles. Ses parents m’ont conseillé d’accepter la situation, de faire lit à part, de jouer le jeu du couple et d’aller voir ailleurs. Ma femme ne supportait plus que je veuille de la tendresse et que je réclame des relations sexuelles.

J’ai refusé ! Depuis, je divorce de mon ex beau père. Ma femme ne gère rien. Elle a laissé à son père la totale liberté de m’exploser.

Ce n’est donc pas moi qui ai voulu me séparer, c’est ma femme. Cela a été violent et soudain mais surtout incompréhensible. Un tel déchainement de haine alors que je n’ai jamais fait de coups bas à ma femme !

Aujourd’hui, alors que j’ai eu l’occasion de rencontrer d’autres femmes, je me rends compte à quel point elle a des difficultés et à quel point je compensais l’absence d’amour dans l’organisation et la gestion du quotidien. J’ai toute une vie devant moi mais j’ai peur de ne plus jamais pouvoir faire confiance à une femme.

 

Où vous situez vous par rapport à l’autorité parentale conjointe (école, activité, santé…) ? Comment vous entendez-vous avec votre ex-compagne ?

 

Luc : Au début, c’était forcément difficile. Mon ex femme était remontée, en colère et voulait probablement ma mort. Et je peux la comprendre. La rupture était imprévisible pour elle. Puisque notre couple était pauvre, il n’y a pas eu de dégradation de la relation.

Elle a tout de suite accepté de mettre en place une résidence alternée car elle savait que quand j’avais les enfants, je n’étais pas avec Claire. On faisait en fonction de mon planning pro. En tant que pompier, je ne sais que le 25 de chaque mois, les jours où je travaille ou non. Nous avons des gardes de 24h, 48h ou 72h. Ce qui veut dire que lorsque j’ai les enfants, je suis totalement disponible pour eux. J’ai donc pu être très présent dans la vie de mes enfants qui étaient tout petit : 2 ans pour l’ainée et 10 mois pour le petit. Pour moi et les enfants, la rupture ne changeait rien. Je les voyais autant.

Apres 9 mois de séparation, je me suis installé avec Claire. Mon ex femme ne nous a plus confié les enfants. Puis après un mois, elle a réalisé que c’était difficile de refaire sa vie et elle nous les a confiés en résidence alternée. Je crois que ce qui la motivait surtout c’était que Claire lui avait dit ne pas vouloir d’enfant. Elle a du penser que Claire ne supporterait pas deux petits. Mon ex nous faisait quand même vivre un enfer. Elle n’informait pas des réunions à l’école, des soucis de santé. Elle inscrivait les enfants à des activités sur mon temps…etc.

Quand elle est allée voir son avocat, je pense qu’elle a pris conscience qu’une résidence alternée la prive de certaines prestations sociales et d’une pension alimentaire pour les enfants. Elle a donc refusé la résidence alternée auprès du Jude aux Affaires Familiales (JAF), ce qu’il a entériné après 18 mois de ce mode de garde. Mes enfants ont donc commencé à avoir trois foyers : chez maman, chez papa et chez ses parents !

Il a fallu attendre 2 ans après l’ONC avant que le divorce ne soit prononcé et durant toute cette période, mon ex a cherché des problèmes et a fait de son mieux pour me limiter dans mes mouvements et activités avec les enfants. Elle refusait de faire en fonction de mon planning et je ne voyais presque plus les enfants. J’ai alors décidé de passer au service administratif. Je travaillais donc tous les jours de 8h00 à 17h00 et j’étais libre tous les weekends. Je prenais quelques gardes dans le mois pour avoir mes mercredis de libre pour les enfants.

Après le divorce, et elle avait aussi rencontré un homme avec qui elle a fait un enfant tout de suite, elle a été plus cool. Elle a tout gagné, les biens, la résidence des enfants et la pension alimentaire. J’avais accepté de ne pas redemander une résidence alternée car mes enfants commençaient sérieusement à pâtir des conflits.

Aujourd’hui, on s’entend bien. Elle et Claire s’entendent bien. Quand mon ex femme ne peut pas garder les enfants, elle demande spontanément et directement à Claire. Elle reconnait que Claire est super avec les enfants et ceux-ci l’adorent.

Depuis, avec l’accord de mon ex femme, je suis retourné dans les camions avec le système de garde et donc avec un planning mensuel. Au début, mon ex était conciliante et puis, petit à petit, elle recommence à faire du chantage quand je me permets de lui faire remarquer que je ne suis pas d’accord pour certaines choses. Pour résumé, tant que je dis oui à tout, elle ne s’oppose pas à être flexible pour le planning mais dès qu’il y a une contrainte pour elle, elle fait des problèmes! Alors, on entre à nouveau en conflit et je parviens presque à tous les coups à obtenir de voir les enfants. Le conflit dure quelques jours et puis on redevient des parents sympas et conciliants.

Me battre pour mes enfants me fatigue et je trouve cela injuste. Le JAF a donné à ma femme le pouvoir de me laisser m’en occuper et les aimer comme bon lui semble à elle. Mes gosses m’adorent et eux aussi sont au bon vouloir de leur maman. C’est compliqué pour eux de comprendre pourquoi c’est maman qui décide pour papa. Je trouve que ça m’infantilise auprès des enfants.

 

Eric : ouh là !! Une belle catastrophe ma relation à mon ex ! Déjà je l’évite un maximum. Au début, à des fins juridiques, elle a refusé de me parler pendant des mois. Elle voulait des traces écrites pour son avocat. Donc, pendant au moins 8 mois, on ne s’est pas parlé, … mais alors qu’est ce qu’on s’est écrit !!

Depuis quelques mois, elle veut qu’on se parle. Je pense qu’elle en a marre de tous ces écrits et puis je suis assez fort pour me défendre à l’écrit. Ca dessert donc son dossier juridique.

On pourrait, en effet, essayer de se parler au téléphone plus régulièrement, sauf qu’à chaque fois qu’elle me parle, j’ai une réaction physiologique violente, je vomis. J’ai même vomi pendant deux jours une fois.

Même si j’ai tout gagné lors de l’ONC (Ordonnance de Non Conciliation = 1er passage devant le JAF pour décider des mesures temporaires en attendant la prononciation définitive du divorce concernant les biens, les enfants et les sous !), la résidence alternée, la nomination d’un notaire, le fait qu’elle conserve notre appartement à titre onéreux…. Je suis tellement heurté par ce qu’elle a fait, ce qu’elle fait ou ce que son père a fait ou son père fait que je ne peux plus la regarder ou l’entendre sans avoir une réaction de dégout.

Mon ex femme a de vrais problèmes avec l’argent. Du temps de la samaritaine, il y a bien 10 ans, elle allait régulièrement là-bas échanger les étiquettes des pulls pour s’acheter de la marque à un prix dérisoire. Et pourtant, elle n’a pas de difficultés financières. Son père a renié ses deux frères pour des histoires d’argent et je pense qu’elle a peur que son père fasse la même chose avec elle. En fait, en divorçant, elle prend le risque de perdre l’appartement qu’on a acheté dans l’immeuble de ses parents et de ne pas pouvoir payer ses traites de la SCI. J’ai compris sa stratégie, ses fausses accusations, c’est pour obtenir que ce soit le juge des Affaires Familiales qui tranche le conflit des biens en prenant en compte des dommages et intérêts.

Je ne suis pas inquiet avec ses fausses accusations. Je n’ai rien fait de mal et son dossier est vide. Sauf que la justice française est longue. Ca fait plus de 18 mois que j’attends qu’un procureur décide d’instruire ou de classer l’affaire. Quand on le relance, il répond qu’il a plus urgent à traiter. Mon cas est tellement vide qu’il passe en dernier. Sauf que pendant ce temps là, je ne peux pas relancer la procédure de divorce et je ne peux me défendre auprès de personne. J’ai de la chance, nos amis, l’école et les médecins me croient. Je ne suis donc pas lésé par rapport à nos filles. Mais, c’est lourd.

Pour l’autorité parentale conjointe, c’est à la fois simple et compliqué. On ne fait rien sans le soumettre à l’autre. Elle et moi sommes facilement d’accord quant aux décisions relatives à nos filles. Les conflits apparaissent quand je lui demande de me rembourser les frais avancés pour les filles. Par exemple, elle a refusé de me payer sa part des achats scolaires l’année dernière. Du coup, je l’ai laissé s’occuper de cette année. Mais, ce sont les filles qui trinquent. Elles ont un cartable bas de gamme, fragile, pas de crayons… Bref, je vais devoir tout racheter rapidement. Ou encore, elle ne veut pas avancer les frais de l’orthodontiste…

En tout cas, heureusement qu’on a les mails car si je devais me battre en face à face ou au tel pour la convaincre de payer ceci ou cela, je serai tout maigre aujourd’hui… En même temps, j’ai quelque kilos à perdre !!

Racontez-moi la vie, week-end ou quotidien, avec les enfants !

 

Luc : Tout tourne autour des enfants. Je les ai 6 à 8 jours par mois, c’est très peu. Je ne suis plus garant de leur éducation. Je peux un peu influencer mais je ne suis plus « en charge ».

Je suis ce que l’on appelle un papa loisir. Même si j’ai la possibilité d’aller chercher mes enfants à l’école 4 à 5 fois par mois et donc de les aider à faire leur devoir, je ne peux pas réellement suivre leur éducation scolaire. D’ailleurs, les enfants associent leur maman à l’école. J’ai de la chance, mes enfants adorent l’école. Quand ils parlent d’activités sympas avec maman, ils pointent l’école et le centre de loisir.

Je ne suis pas non plus leur santé. Je ne peux pas non plus les lier à leurs copains d’école ou de quartier, c’est maman qui y a accès.

La 1ère chose que nous avons faite avec Claire lorsque nous nous sommes installés ensembles, ça a été de chercher des copains pour les enfants… ce qui n’est pas évident quand on n’a pas accès à l’école et aux activités parascolaires. Je pourrais mettre mes enfants dans un centre de loisir les mercredis, mais ce serait deux jours de moins avec moi !

Du coup, nos temps ensembles sont assez centrés sur nous-mêmes. Le vendredi soir, je vais les chercher à 16h30 et on rentre directement à la maison pour ne rien faire. Je sais que les vendredis soirs, les enfants sont fatigués de leur semaine et énervés d’arriver chez papa. Ils sont souvent plus difficiles à gérer. J’ai choisi de ne pas jouer d’autorité car c’est de la tension nerveuse liée au plaisir d’arriver chez papa. Le vendredi soir, on mange de la junk food, du moins un truc rapide : saucisses purée, pates, pizza… devant un film ou un dessin animé. Dodo vers 21h30 car on traine au moment du coucher pour que la tension tombe un peu.

Le samedi matin, j’ai des enfants adorables, plein d’amour et de câlins qui débarquent dans notre lit vers 07h30. On fait le petit déjeuner et on se remet au lit pour regarder un dessin animé tous ensemble. On fait la même chose les dimanches et mercredis matins. C’est notre rituel glandouille des matins.

Ensuite, on se prépare, on discute des projets de la journée. Très souvent, on a organisé un weekend tourné autour du social : chez mes parents, chez tata et tonton, chez des copains, et avec les amis qu’on leur a trouvé.

On a une vie très tournée sur l’extérieur. On n’aime pas rester toute une journée à la maison. Quand on n’a pas un weekend social, on va au ciné, au théâtre, faire du patin à glace, du vélo, des pique-niques… On a la chance d’habiter un quartier à Paris où il y a beaucoup de parcs ; les buttes Chaumont, le parc de Belleville, la butte du chapeau rouge, la villette et le canal de l’Ourcq pour le vélo, un ciné super à 15 mn à pied, 3 piscines découvertes l’été à  15 mn aussi,  quelques théâtres. Bref, si on veut ne pas prendre la voiture ou le métro, on a tout en bas de chez nous. 

Le dimanche soir, la maman a accepté que je ramène les enfants à 20h30 au lieu de 19h00. Ca a changé notre vie. Avant, on était stress les dimanches, fallait rentrer pour 17h00, 17h30 max pour nous préparer à aller chez maman. Je n’aime pas être en retard et donner l’opportunité à la maman de faire des reproches devant les enfants. Maintenant, on peut organiser nos journées comme on le souhaite et nous offrir la sensation d’une vraie soirée. Vers 18h00, c’est le bain, on mange plutôt tôt, on regarde les cahiers de correspondance avec les enfants, on se câline… et je pars vers 20h00 avec des enfants en pyjamas, dents propres « prêt-à-coucher » comme on dit.

Avant les enfants pleuraient car ils ne voulaient pas rentrer chez leur maman. Pas qu’ils n’aimaient pas leur maman, elle est super avec eux et ils l’adorent. Mais, ils voulaient voir plus leur papa. Maintenant, avec cette soirée en plus, ils sont plus sereins. Ils réclament toujours de me voir plus et même une résidence alternée, mais ils ne pleurent plus, ne semblent plus souffrir. Je me dis souvent qu’ils se sont résignés et je trouve cela triste.

De mon coté, je n’ai pas le blues du dimanche soir, le blues du papa. J’ai l’habitude des absences à cause de mon métier. J’ai toujours du faire une alternance de plein temps et de rien avec les enfants. Je ne ressens pas de manque. C’est surtout à eux que je pense. Je peux les avoir quand je veux au téléphone et la maman les fait appeler dès qu’ils le souhaitent. On est vraiment très cool avec la maman pour la communication avec les enfants. Je ne suis donc pas frustré et triste quand je les dépose les dimanches et mercredis soirs. Cependant, j’attends avec impatience le jour où ils seront en âge de pouvoir faire une résidence alternée selon la définition de la loi. Je ne relancerai une procédure que si tout est réuni pour gagner. Je sais que mon ex femme s’y opposera et je ne veux pas refaire subir à mes enfants des conflits.

Eric : L’alternance se fait les vendredis. L’un dépose les filles le matin à l’école et l’autre les reprend le vendredi soir. Comme ca, on n’est pas obligé de se voir avec la maman.

Le vendredi soir, c’est rituel « plateau TV ». Je prépare une sorte de pique nique autour de séries que les enfants adorent. J’enregistre durant la semaine les programmes qu’elles aiment, surtout « grand Galop ». Les filles me collent toute la soirée, câlins, discussions, bobologie, résumé de ce qu’elles ont fait…etc. Ca discute sans cesse ! J’adore ça !

J’ai pris un chien pour la grande noël dernier et c’est donc de grandes retrouvailles pour la chienne aussi. Ce qu’il y a de bien, c’est qu’on se fait de longue balade avec les filles et la chienne. J’habite à coté du bois de Boulogne.  

Les samedis dimanches sont comme chez tous les parents, je pense. Activités extérieures, ciné, balades, brocantes, pique-niques…etc. On voit souvent des amis, à elles et/ou à moi. D’ailleurs, ca fait partie des 1eres questions que les filles me posent quand on se retrouve le vendredi soir : « on voit qui ce weekend » ? Je me débrouille donc pour qu’on fasse des choses avec des amis tous les weekends.

En semaine, l’organisation est plus tournée autour de l’école et des activités parascolaires. Le matin, on se lève avec un peu de temps devant nous. Je tiens à ce que l’on prenne le petit déjeuner tous ensemble. Les filles m’aident à préparer et on se retrouve une 20ne de minutes. Ce sont des moments précieux pour nous, presque plus que nos soirées. Les soirs, on court, entre les devoirs, les médecins, les activités, les câlins, le diner, les bobos, la chienne, les poux, les lessives, les disputes entre sœurs… Bref, le soir, c’est plus speed. Ca n’empêche que tous les soirs, chaque fille a le droit à son histoire ou son moment spécial avec papa pour discuter de ce qui les préoccupe ou de tout et de rien.  Malgré ces minutes précieuses, les filles ne sont jamais rassasiées de leur temps avec moi, alors j’ai régulièrement l’une ou l’autre qui se relève pour venir me faire un câlin ou parler d’un dernier truc. Je dois souvent élever la voix pour qu’elles comprennent que c’est l’heure du dodo.

Les mardis soirs, on traine un peu plus car elles vont au centre de loisir à 100m de l’appart. Leur école est à 15 mn et donc on est moins cool. Les mardis soirs sont plus cools et on profite de se refaire un plateau TV. Les mercredis soirs, j’ai souvent un(e) ami(e) qui vient diner avec les filles. Les filles adorent ces invitations. Elles sont déçues quand personne ne vient.

Les filles appellent leur maman tous les lundis et jeudis soirs. Je déteste cette obligation que mon ex a mise en place. Les filles n’ont pas le droit d’appeler en dehors de ces jours et c’est pareil pour moi. J’aimerai qu’on soit plus cool avec elles et qu’elles puissent nous dire librement si elles veulent plus ou moins. Je trouve que c’est à nous parents gardiens de créer un espace temps avec les enfants pour leur donner envie d’appeler l’autre parent. Le fait de forcer les filles à appeler à des jours fixes fait que parfois elles ne veulent pas parler ; trop fatiguées, occupées à autre chose, …etc. Souvent je suis frustré du caractère expéditif des appels.

Les semaines où les filles ne sont pas là, j’en profite pour faire des choses pour moi. Mais, ce n’est pas pareil. J’ai l’impression d’être en stand-by ! Qu’il manque quelque chose à mon quotidien. Je suis, comme la chienne, triste et seul. Tout le monde me dit que c’est génial la résidence alternée. On peut avoir plusieurs vies. Mais moi, j’adore être père et je voudrais l’être à plein temps, pas à mi-temps. Je déteste mon divorce pour ça !

 

Comment combinez-vous vie de père solo avec la vie professionnelle

 

Luc : c’est facile pour moi, soit je travaille et je n’ai pas de vie privée, de famille, de couple, de relations sociales.. soit je ne travaille pas et je suis un père et tout le reste à plein temps.

Ma seule difficulté est de pouvoir voir mes enfants en fonction de mon planning.

Avant j’étais dans une caserne avec un supérieur qui comprenait ma situation et dont le nombre d’effectif était trois fois supérieur à celle-ci. Je pouvais donc voir avec mon supérieur pour obtenir les weekends 1/3/5 et les mercredis 2/4. Mais maintenant c’est un centre de secours, et c’est donc une petite caserne. On est peu nombreux et donc plus gêné pour faire les agendas de l’équipe.

Je dépends donc du bon vouloir de mon ex femme pour l’agenda des enfants. 

Ma carrière ne pâtit en rien dans le fait d’avoir divorcé du fait de ce système de garde. Celle qui pâtit de ma carrière et de mon divorce, c’est Claire. Elle est celle qui gère à ma place quand je ne peux aller chercher les enfants les vendredis et mardis soirs.

Les gardes commencent les matins et se terminent donc les matins. Parfois, je rentre à la maison les samedis ou mercredis matin. Or, mes Droits de Visites et d’Hébergements (DVH) commencent la veille. Je ne suis pas obligé de prendre mes enfants dès la veille. Mon avocate m’avait expliqué qu’un DVH est un droit et non pas un devoir. Mais, pour moi c’est important d’offrir, malgré tout, un cadre stable et fiable aux enfants. J’ai demandé aux enfants s’ils préféraient rester chez maman avec leur petite sœur ou que Claire aille les chercher et qu’ils se passent une soirée entre marâtre et enfants. Ils ont choisi Claire. Les matins, je viens avec croissants et pains au chocolat dès 08h30. Ils sont comme fous.

En tant que pompier, je ne pourrais avoir une résidence alternée ou exclusive sans l’aide de ma compagne ou sans nounou/babysitter. Quand j’ai fait des enfants, j’étais marié et jamais je n’avais envisagé ma carrière comme une entrave à ma parentalité.

Aujourd’hui, ce sont les enfants qui sont lésés pas ma carrière. On m’a déjà dit « tu n’as qu’à changer de métier » !! Sauf qu’un pompier est formé à être pompier. Moi, ça fait 12 ans que je fais ce métier et je n’ai jamais rien fait d’autre. Il nous est difficile de nous reconvertir.  J’en connais beaucoup qui ne trouve rien de pertinent d’un point de vue du travail ou des finances après la brigade.

 

Eric : Quelle galère !! J’ai changé de travail l’année dernière. J’ai été licencié deux mois après avoir été viré de chez moi ! Quelle période !

J’ai retrouvé du travail en deux mois. Avec ma période de préavis, je n’ai pas eu de moment de répit en fait. J’ai caché au DG de ma nouvelle boite que j’étais en instance de divorce, mais encore plus que mes enfants étaient en résidence alternée. Je savais, et à raison, que je ne serai jamais embauché si cela avait été su. Je viens de quitter la boite après tout juste un an dans cette société.

Très vite, j’ai compris que je devrais cacher au DG ma vie privée. C’est un homme qui m’appelle 30 fois par jour pour savoir où je suis, avec qui et ce que je mange. Je me sentais harcelé mais surtout il fallait que je jongle sacrément pour gérer mes filles durant mes semaines. J’avais l’impression d’être marié au DG et d’avoir une maitresse.

J’aurais aimé pouvoir me donner à fond dans mon boulot la semaine sans les filles et rentrer pour 18h30 les semaines avec. Pour pouvoir le faire, je faisais croire à mon DG que j’avais des rdv extérieurs. Une fois, la petite a été malade et j’ai du rester à la maison. Je lui ai dit la vérité et il m’a d’emblée rétorquer « et votre femme, elle ne peut pas s’en occuper ». Je lui ai dit que ma femme était en déplacement. Et même là, il n’a pas compris. Quel vieux jeu ! Quel vieux schnock !

Normalement, j’évitais les RDV en dehors de l’Ile de France quand les filles sont chez moi, mais parfois il me piégeait et je devais partir à Rouen ou Le Mans pour la journée. Et c’est toujours quand il ne le faut pas que les problèmes arrivent. La nounou était malade et n’a donc pas pu aller chercher les filles à l’école. J’ai passé un temps fou à trouver quelqu’un de rassurant et de confiance pour me remplacer.

Une autre fois, les filles se sont retrouvées à m’attendre à la sortie de l’école et je ne savais pas que le nounou (un autre) n’était pas venu. L’école a appelé la maman alors que la directrice sait pour l’alternance et elle a tous les détails dans notre dossier. C’est affreux car cela a donné à la maman un argument pour dire que je ne peux pas les assumer convenablement. Maintenant je croise les doigts pour qu’elle ne revienne pas sur la résidence alternée.

Je commence dans 15 jours un nouveau travail. Je n’ai pas de bureau. Je dois gérer une équipe de chez moi et faire essentiellement du télétravail. Mes nouveaux Boss sont au courant pour ma situation et ont compris qu’une semaine sur deux, je ferai une pause professionnelle entre 18h00 et 21h30. J’attends beaucoup de cette nouvelle organisation.

 

Avez-vous refait votre vie? 

 

Luc : Oui, avec Claire et je n’ai aucun regret d’avoir divorcé. J’ai connu mon ex femme trop jeune. Aujourd’hui je vis une relation totalement différente dans laquelle j’ai le sentiment de pouvoir mieux exprimer mes désidératas.

Claire est contente du rythme de vie que je lui offre : 1/3 célibataire, 1/3 en couple et 1/3 avec les enfants. Elle a le sentiment d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Je dois dire qu’elle m’a appris à voir la vie de la même façon. Je fais beaucoup plus de choses pour moi et surtout mes enfants n’en pâtissent pas trop.

Je me sens libre et les contraintes de la vie sont plus légères.

 

Luc : Oui. Quelques mois après avoir emménagé dans mon appartement, j’ai eu une aventure avec une femme mariée. J’ai découvert le sexe… et la tendresse. J’ai dit à une amie un jour « j’ai reçu 100 fois plus en 2 heures qu’en 15 ans de relation ». J’ai été sous le choc de tout ce que j’avais loupé dans mon passé amoureux.

J’aurai pu vouloir croquer la vie, mais non ! Je suis resté plusieurs mois avec cette femme. Je me suis attaché à elle, puis les liens se sont déliés. Nous sommes d’excellents amis aujourd’hui.

J’ai rencontré une autre femme mariée ensuite. Elle s’est attachée à moi tout de suite. Elle m’a parlé de quitter son mari. Elle me piégeait souvent pour que je la retrouve à des endroits où on croiserait ses enfants, des collègues, des amis. J’ai mis un terme rapidement à cette relation alors que je l’appréciais. Je n’étais pas prêt à me mettre dans quelque chose de sérieux.

Dans mon mariage, j’ai été naïf, j’ai aimé une femme qui, faut de générosité dans notre relation, m’a jeté dehors, humilié, fait de fausses accusations, des plaintes... Alors, comment refaire confiance ?

J’ai rencontré Jeanne au mois de mai. Une femme en instance de divorce également. Cassée comme moi. Belle, intelligente, généreuse, Pepsi, joyeuse. Elle a deux jeunes enfants. La recomposition nous fout la trouille, mais ça vaut le coup.

On prend notre temps mais on parle déjà de notre emménagement dans quelques mois, dans un an.

Je la désire et elle me désire. Et ça, c’est magnifique pour moi.

Nos enfants sont au courant. Mes filles, au début réticentes, pas longtemps, maintenant l’adorent. Ses enfants m’apprécient aussi beaucoup, surtout son fils. Seul hic à notre idylle, les enfants ne veulent pas entendre parler des autres enfants. Prochaine étape, pas des moindres !

J’attends le divorce avec impatience pour pouvoir aimer librement et ouvertement. Un divorce, c’est trop d’énergie mis au service du conflit au lieu de la mettre au service de la reconstruction … avec Jeanne.

 

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Published by Elodie CINGAL - dans Séparation - divorce
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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 14:49


Le fait de voir un enfant rejeter un parent a un terme : Le syndrome d’aliénation parentale ou aliénation parentale. 
Parce que le SAP, syndrome d’aliénation parentale, est un terme controversé, son existence et ses conséquences sont décriées voir ignorées. 
Quelle est cette controverse ? Pourquoi ce terme - ou cette pathologie – n’a pas sa place auprès de la justice et n’est pas reconnu par l’ensemble des intervenants médico-sociaux ? 
Quand doit-on déterminer si les arguments de l’enfant sont pertinents ? Doit-on répondre positivement à la demande de l’enfant ? 
Quelles sont les conséquences à court-terme et à long-terme sur l’enfant ? 

________________________________________
SOMMAIRE

Comment penser ce problème de rejet d’un parent par un enfant ?
Pourquoi le père est-il celui que l’enfant choisit de rejeter ?
Pourquoi ce rejet émerge dans les contextes de séparation / divorce ?
Mais pourquoi le rejet n’émerge t-il pas dans tous les cas de séparation / divorce ?
Comment un parent peut-il instrumentaliser la situation de divorce pour s’assurer le rejet de l’autre parent par l’enfant ?
Comment décider si un enfant doit ou non continuer à voir le parent non gardien ? Doit-on répondre positivement à sa demande ?
1. Y a-t-il des éléments réels, objectifs et proportionnels qui viennent justifier le rejet ?
2. L’enfant a-t-il pensé les éléments de justification par lui-même ?
3. La formulation des arguments correspond-elle à celle d’un enfant de son âge ?
4. L’absence de culpabilité à l’idée de faire souffrir le parent rejeté.
5. L’enfant est-il capable de reconnaître un élément positif chez son parent rejeté ?
6. Le rejet est généralisé à l’ensemble de l’entourage et de la famille du parent rejeté
7. L’enfant se présente comme le garant du bien être du parent non rejeté
Les biais à éviter lorsque l’on doit prendre une décision sur un enfant qui refuse de voir un de ses parents :
Risque pour l’enfant à court-terme :
Risque pour l’enfant à long terme :

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Le fait de voir un enfant rejeter un parent a un terme : Le syndrome d’aliénation parentale ou aliénation parentale. 

CONTROVERSE : 
1. Tout le monde n’a pas la même définition. Certains allèguent que le SAP est la combinaison d’une campagne de dénigrement de la part d’un enfant contre l’un de ses parents et d’un lavage de cerveau de la part de l’autre parent afin de renforcer le rejet. D’autre se cantonnent à observer qu’un enfant peut rejeter en totalité un parent sans arguments, motifs appropriés ou proportionnés par rapport à l’intensité du rejet… Et ainsi de suite !!
2. Parce que le phénomène se retrouve essentiellement dans le rejet du père. Et l’une des explications à ce rejet serait que la mère participe à ce processus d’annihilation du père. Des femmes travaillent alors activement à défendre la cause maternelle et, sans nier l’existence du S.A.P, en diminue sa fréquence et son intensité. 
3. Comment justifier qu’un enfant rejette un parent sans que cela ne soit justifié ? Le parent rejeté, le père, a forcément fauté (maltraitance, abus, négligence…). Et puis, « la vérité sort de la bouche des enfants ». Sans compter que les abuseurs tendent à nier et à accuser la victime d’affabulation et de mensonge !! 
4. Le S.A.P n’appartient à aucune classification officielle. Elle n’est pas reconnue par le DSM4 (l’outil de classification qui permet de définir le plus précisément possibles les troubles mentaux et donc d’établir un diagnostic). 
5. Le S.A.P est-il une pathologie de l’individu ou est-il un élément qui permet de révéler une pathologie familiale ? 
6. Doit-on l’observer en tant que syndrome ou en tant que symptôme ? Un syndrome est un ensemble de signes cliniques et de symptômes qu'un patient est susceptible de présenter lors de certaines maladies, ou bien dans des circonstances cliniques d'écart à la norme pas nécessairement pathologiques. Le rejet d’un parent est-il un élément dans une pathologie ou est-il la pathologie diagnostiquée par un ensemble de symptômes ? 
7. Richard Gardner est le psychiatre qui a découvert ce syndrome et il est décrié pour plusieurs raisons. Il n’a pas été salarié dans une université comme il le disait mais bénévole. Il n’a pas fait publier ses écrits par une maison d’édition mais a fondé la sienne afin de publier ses écrits. Il n’a pas réussi à faire reconnaître sa découverte du temps de son vivant. Il serait un homme misogyne et aurait expliqué les paraphilies sexuelles (la pédophilie, le sadisme, le viol, la nécrophilie, la zoophilie, la coprophilie…) comme stimulant pour la reproduction. 
Ces controverses viennent paralyser la prise en compte de ce trouble. 
Il s’agit de souligner qu’un enfant peut rejeter un parent sans motif raisonnable et cela suffit à ce que nous réfléchissions. 

Comment penser ce problème de rejet d’un parent par un enfant ?

Dans les contextes de séparation / divorce et uniquement dans ces contextes, la justice et les psys doivent composer de plus en plus avec des enfants qui rejettent un de ses parents. La plupart du temps, ni les juges et avocats, ni les psychiatres et psychologues, ne connaissent le phénomène. Ils tendent donc à écouter la demande de l’enfant, et démunis, dans l’incompréhension, entérinent le droit à rompre le lien avec un parent. 

Pourquoi le père est-il celui que l’enfant choisit de rejeter ? 
Le père est-il un plus mauvais parent ? Est-il un individu perçu comme néfaste par l’enfant ? Et enfin et surtout, cette perception est-elle fondée ? 
C’est en s’appuyant sur des statistiques, que nous comprendrons pourquoi le père est celui qui est le plus souvent rejeté par l’enfant. Après la séparation, 80% des enfants sont confiés en résidence principale chez la mère. 
Et c’est justement parce que 80% des enfants sont chez la mère qu’ils rejettent le père. Les femmes ne sont pas plus mauvaises que les hommes, mais les enfants rejettent le parent absent - celui-là même qui est plus impuissant à se défendre. Par ailleurs, l’enfant, chez sa mère, est au cœur de la souffrance de celle-ci, dans son quotidien et va s’identifier à elle plus en totalité. L’identification au père est difficile compte tenu du peu temps passé avec l’enfant. 
C’est donc bien plus un mode de garde qui facilite l’émergence du rejet d’un parent que le sexe du parent. Il est néanmoins possible, mais beaucoup plus rare, de voir un parent gardien totalement rejeté par l’enfant. 

Pourquoi ce rejet émerge dans les contextes de séparation / divorce ? 
Pendant la phase de séparation et celle qui suit, les parents ne sont plus les parents connus par l’enfant. 

Maman, normalement si douce et attentive (ou autre), est devenue une femme absente qui pleure, qui crie, qui se replie, qui s’impose, qui dispute, qui … Bref, ma maman mais c’est plus vraiment ma maman ! 
Papa, lui, qui jouait tant et qui se préoccupait de moi (ou autre), oublie de jouer, de questionner, n’a plus le temps de donner le bain, m’amène à l’école replié sur lui-même. Bref, mon papa mais plus vraiment mon papa ! Et puis, papa est parti, il habite ailleurs et je le vois moins. 
Alors, l’enfant qui ne comprend pas grand-chose à ces histoires de grands, est fragilisé tout autant que ses parents. En plus, l’enfant n’a pas fini de se construire (quel que soit l’âge, même à 18 ans) et en temps normal il se réfère à ses parents pour décider de ce qui est bien ou mal. Là, dans ce contexte, il se retrouve face à une perte de valeurs. Les deux parents se contredisent, se chamaillent, les habitudes, à savoir les éléments de sécurité familiaux, sont rompus… Lequel a raison ? Lequel est bon ? Lequel sera garant de sa santé psychique ? 

L’enfant fragilisé va devoir se tourner vers l’un de ses parents. Il va devoir choisir lequel des deux sera le moins dangereux pour son équilibre. Et le choix ne portera pas forcément sur celui qu’il préfère mais sur celui chez qui il vit car c’est celui-là même qui sera garant de son quotidien.

Rappelons que nous sommes dans un contexte où aucun parent n’est maltraitant, négligent ou abusif. Nous sommes face à des parents normalement satisfaisants mais temporairement perdus dans ce contexte de séparation. L’enfant choisit le parent gardien car il est celui qui va pourvoir à ses plus grands besoins et il est celui qui peut faire de sa vie un havre de paix ou un enfer. Le parent gardien a donc un ascendant supplémentaire sur l’enfant. L’enfant perd donc sa liberté de préférer tel ou tel élément, tel ou tel parent. Il ressent qu’il doit prendre le parent gardien en totalité. 

Le processus de rejet commence souvent par des choses simples et sans volonté de nuire. Par exemple, lorsque l’enfant part chez son père, il est naturel pour la mère de se questionner sur la qualité de vie de son enfant chez l’autre. Le « chez l’autre » est mystérieux, alors on imagine et on crée de l’inquiétude. On se voit dire à l’enfant « quand tu est chez …., tu m’appelles. Tu me dis si tout va bien. Si tu as peur tu m’appelles… Je peux venir te chercher si il y a un problème ». Qu’entend l’enfant ? Chez l’autre il y a un potentiel danger alors qu’ici je suis en sécurité. L’enfant se met alors à observer ce qui cloche chez l’autre, ce qui peut produire de l’inquiétude et le rapporte alors chez la maman. Celle-ci, dans sa peur de perdre de sa place auprès de l’enfant, va alors, consciemment ou inconsciemment, l’utiliser pour s’assurer l’amour de son enfant. L’enfant voit alors un parent bienveillant voulant le protéger d’un autre parent potentiellement dangereux. Le processus est enclenché et selon la qualité de la relation entre le père et l’enfant et selon l’histoire, le rejet se mettra en place plus ou moins rapidement et plus ou moins profondément. 

Mais pourquoi le rejet n’émerge t-il pas dans tous les cas de séparation / divorce ?
Si le parent gardien rappelle à l’enfant que malgré la situation de séparation et la guerre entre les deux adultes, l’autre parent a toujours sa place et doit être respecté, le rejet ne pourra être mis en place. Je dirais que pour qu’un enfant décide de ne plus voir son père de manière radicale, c’est que l’autre parent l’a autorisé, soit en laissant faire, soit par volonté de nuire.

Souvent le parent gardien insiste pour que l’enfant aille voir son autre parent, mais il n’impose pas à l’enfant de le faire. Il suffirait pourtant de dire à l’enfant « c’est ton père, tu iras et c’est comme ça. Il n’est peut-être pas le père idéal pour toi mais cela reste ton père. Tu es un enfant et ce n’est pas à toi de décider ce qui est bien pour toi. Je parlerai ou ferai un mail à ton père pour qu’il fasse des efforts ». Ainsi, l’enfant entend : 
- le respect maintenu pour le père, 
- le rappel de sa place dans la famille
- le rappel du système des valeurs familiales
- que le parent gardien a entendu sa plainte et se sent concerné
- que le dialogue entre les parents n’est pas totalement rompu même si cela doit se faire par mail

Auparavant, il était interdit à l’enfant de mal parler à un parent ou de refuser une activité… Pourquoi soudainement donner ce pouvoir à l’enfant. 

Ce qu’il est important à comprendre ici, c’est qu’en voulant bien faire - laisser faire et accepter de transformer les règles de base (politesse, respect du parent.. .) - le parent gardien renforce le sentiment de pouvoir de l’enfant et permet la création du rejet. La justice en donnant une résidence exclusive à l’un des parents se rend complice de cette émergence, … mais la justice ne comprend pas ou ignore cette problématique !! 

L’émergence du phénomène de rejet dépend donc de la gestion et du maintien par la mère des valeurs et habitudes. Certaines mères laissent faire, non pas dans le but de nuire au père, mais dans la croyance naïve qu’il fait compenser la perte liée à la séparation / divorce.
Mais, il existe des mères qui comprennent le pouvoir qu’elles ont sur l’enfant et sur l’espace temps dont elle dispose avec lui. 

Comment un parent peut-il instrumentaliser la situation de divorce pour s’assurer le rejet de l’autre parent par l’enfant ? 
Il est en effet possible de voir certains parents manipuler les enfants dans le but de s’assurer la « propriété » de celui-ci. 

Pour le parent gardien, il est très facile de monter l’enfant contre son autre parent, surtout si la mère a une tendance surprotectrice et intrusive. 

Il lui suffit de : 
- dénigrer ouvertement l’autre parent ;
- partager avec l’enfant les problèmes d’adultes (et surtout ceux liés à la séparation), ce qui le valorise l’enfant et induit en lui le sentiment qu’il bénéficie d’une relation plus particulière avec sa mère ; 
- se positionner comme victime de l’autre parent ;
- interpréter négativement chaque dire et action de l’autre parent. « Ton père n’est pas venu, tu vois, il t’abandonne » ou « ton père est venu, tu vois, il ne respecte pas ton souhait ». L’autre parent est disqualifié quoiqu’il fasse ;
- Isoler l’autre parent : ne pas maintenir de lien téléphonique ou physique, ne pas respecter les droits de visites et d’hébergement, ne pas maintenir le lien avec la famille étendue de l’autre parent ;
- Ne pas informer ou désinformer l’autre parent des activités scolaires ou parascolaires, des RDV médicaux, … ;
- Fédérer un entourage anti-père qui s’exprime ouvertement devant l’enfant ;

Il arrive que sans le vouloir, chacun des parents applique certains de ces éléments temporairement (quelques mois et ce tout en imposant le respect de l’autre parent. Il existe une période où sans le vouloir, la guerre juridique rend les parents intraitables et insensibles mais cela ne les rend pas pour autant aliénant). C’est la chronicité et la durée de l’association de plusieurs de ces éléments qui vont permettre l’émergence du sentiment de rejet de la part de l’enfant. 

L’autre parent, le père le plus souvent, se retrouve démuni face au rejet de son enfant. Ayant déjà peu de temps avec son enfant, il ne sait comment modifier sa perception. Il se sent piégé et pressent vite que tout sera interprété contre lui. Il est de plus en plus isolé et de ce fait de plus en plus fragile et moins amène pour rétablir une vérité. La spirale descendante est enclenchée et chacun, le père, la mère et l’enfant perd le contrôle sur les événements à venir. 

Comment décider si un enfant doit ou non continuer à voir le parent non gardien ? Doit-on répondre positivement à sa demande ? 
Se peut-il qu’un enfant rejette son parent quand celui-ci n’a rien fait de répréhensible ? Nous savons tous que la séparation est le lieu privilégié des rancunes, angoisse et réactivation des problématiques refoulées.

Rappelons-le, un enfant, même à 18 ans, n’est pas capable de comprendre les conséquences de ses actes et de ses paroles. Il n’a pas accès à tous les éléments pour prendre sa décision et il n’en a pas la compétence. 

Lorsqu’un enfant rejette un parent, il n’a pas conscience de la spirale descendante qu’il lance. L’enfant n’a pas la capacité à avoir une vue d’ensemble sur des problématiques familiales et encore moins en situation de divorce. Ce seul argument devrait limiter la parole de l’enfant à ce qu’elle est : une parole signifiée là et maintenant dans un contexte conflictuel entre ses deux parents sans que celui-ci ne comprenne réellement les enjeux. 

Et quant est-il d’un adolescent ? L’argument s’applique également. Il ne sait pas encore faire la part des choses. Tout un chacun estime qu’un adolescent dit des choses qui dépassent sa pensée pour provoquer et tester les limites. Et dès qu’il s’agit de rejet du parent, on devrait considérer qu’il a mesuré sa demande, qu’il en comprend les conséquences. Quels adultes sommes-nous pour dire tout et son contraire sur les jeunes ?

J’aurais donc tendance à réfuter la demande de l’enfant. Mais, comment avoir la certitude que nous ne remettons pas l’enfant à un parent nocif ? 
Plusieurs éléments sont à investiguer :

1. Y a-t-il des éléments réels, objectifs et proportionnels qui viennent justifier le rejet ?
Si un enfant, et ce quelque soit son âge, rejette un parent, il s’agit avant tout d’investiguer sur les motifs de son rejet. Le parent a-t-il été maltraitant ? A-t-il battu ? A-t-il négligé ? A-t-il abusé sexuellement ? A-t-il développé une relation malsaine avec son enfant ? En bref, les plaintes de l’enfant sont-elles recevables ? 
Afin de décider si oui ou non il faut acter la demande de rejet d’un enfant, le juge et le psychologue devront déterminer si l’enfant dénigre le parent de façon persistante alors que cette attitude ne trouve pas de justification dans les faits. 

Il faut souligner également qu’un enfant maltraité a tendance à trouver des points de défense à son parent maltraitant et tend même à s’enfermer dans un silence sacrificiel afin de ne pas risquer de perdre le peu d’éléments positifs dans sa relation à son parent. Lorsque l’enfant dit ouvertement la maltraitance et demande à vivre ailleurs, il n’est pas rare d’ailleurs de voir un enfant maltraité demander à maintenir le lien avec son parent maltraitant mais dans un espace sécurisé. Un enfant maltraité aime son parent malgré tout. Néanmoins, les arguments sont réels, concrets et surtout proportionnels à la demande de l’enfant. 

Comment faire quand l’enfant se plaint de maltraitance psychologique ? Comment déterminer si elle est réelle de la part du parent ? Il est difficile d’établir un diagnostique psychologique, et ce d’autant plus qu’il est lié à la perception de l’enfant qui raconte et au déni du parent. Il s’agira alors d’obtenir des éléments objectivables qui se trouvent répétés dans la durée : 
- humiliations verbales ou non verbales répétées
- comportement visant à la dévalorisation systématique
- attitude de marginalisation
- persécution par des moqueries et des brimades
- Isolement de l’enfant dans la vie familiale et sociale
- Menaces et chantages affectifs
- Exigences éducatives excessives, irréalisables avec une mise en échec
- Punitions abusives et aberrantes
- …
En bref, la question à élucider est la suivante : Les éléments de plaintes sont-ils disproportionnés par rapport à la demande ? 
Par exemple, un enfant qui exprime un sentiment de haine, de crainte, de rejet…par rapport à son parent parce que celui ne venait jamais à ses match de foot ou parce qu’il n’avait pas le droit de faire venir des copains chez lui ou encore parce que l’enfant avait peur que son père se mette en colère quand il revenait avec des mauvaises notes ou colles…etc. 

2. L’enfant a-t-il pensé les éléments de justification par lui-même ? 
Les arguments évoqués sont-ils trouvés par lui-même ou insufflés par une personne extérieure ? Il s’agit ici de regarder si les arguments correspondent à la maturité naturelle d’un enfant. 
Par exemple, un enfant de 4 ans accuse son père de l’avoir secoué quand il était bébé. Tout d’abord, l’enfant ne peut avoir la mémoire de l’évènement. Depuis quand sommes nous capables de souvenir de bébé ? Nous sommes donc en droit de nous demander d’où sort cette accusation ? 
Ou encore, des enfants qui accusent un parent de ne pas donner d’argent au parent gardien pour les nourrir alors que le parent gardien est aisé, et l’autre à la rue…etc.

3. La formulation des arguments correspond-elle à celle d’un enfant de son âge ? 
A chaque âge correspond une compétence en linguistique et en communication. Un enfant de 9 ans m’a dit un jour qu’il a du fuguer à 3 ans et demi de chez sa mère et que sa mère a porté plainte contre son père car il est parti se réfugier chez lui. A-t-on jamais vu un enfant de 9 employer un tel vocabulaire ? 

4. L’absence de culpabilité à l’idée de faire souffrir le parent rejeté. 
Un enfant culpabilise lorsqu’il se confronte à son parent de manière négative. Même à l’adolescence où l’enfant agresse sous différentes forme ses parents, il culpabilise. C’est d’ailleurs souvent ce qui entraine des spirales de conflits entre l’enfant et ses parents. Mais, l’enfant finit souvent par revenir vers son parent et tente de se rattraper … jusqu’à la prochaine crise. 
Un enfant qui critique ouvertement, sans aucun signe de culpabilité, son parent et persiste à le mettre à mort avec des arguments légers tels que « il s’endormait à mes spectacles » ou « il voulait que je fasse du tennis alors que je ne voulais plus », est un enfant qui s’est déconnecté de la réalité de la relation à son parent.

5. L’enfant est-il capable de reconnaître un élément positif chez son parent rejeté ? 
Toute enfant, même maltraité, réussi à trouver des éléments positifs chez son parent. Il cuisine bien. Il m’aide à faire mes devoirs. Il m’a donné le gout du dessin…etc. Peu importe !! Un enfant à qui on demande de décrire un élément positif du parent rejeté, souvent n’y arrive pas. En effet, le rejet étant si irrationnel et total que l’enfant a oublié que le mois dernier, il adorait jouer au foot avec son père. Il dira « mon père me forçait tous les mercredis à jouer avec lui. Maintenant, je ne veux plus jouer à cause de lui ». 

6. Le rejet est généralisé à l’ensemble de l’entourage et de la famille du parent rejeté
Alors que l’enfant était proche d’un ami, d’un grand-père, d’une tante, il est soudainement dans le rejet de ces individus également. Ces individus sont identifiés au parent rejeté et sont repoussés avec la même force et absence de culpabilité. 


7. L’enfant se présente comme le garant du bien être du parent non rejeté
Alors que l’un des parents est rejeté, l’autre est décrit comme fragile et nécessitant du soutien. L’enfant a le sentiment que dépend de lui la survie du parent gardien. Il intègre en totalité les paroles du parent non rejeté. Par exemple, un parent dit à son enfant que papa est un alcoolique (ce qui est faux) et l’enfant tout content de dire à sa mère qu’il l’a vu boire (un apéritif innocent avec des amis).

Comment doit-on interpréter la parole de l’enfant ? A quel point doit-on s’en accaparer ? Quel degré de pouvoir de décision doit-on laisser à l’enfant ? 

A mon sens, le premier élément, celui du rapport entre l’argument et le rejet, est celui auquel il s’agit de faire le plus attention. Il est le plus simple et le plus objectivable. Un enfant qui rejette en totalité son parent pour des motifs disproportionnés ne doit pas être entendu. Un enfant dont la justice ou le corps médical, a accordé sa demande voit son rejet renforcé et conforté. Faute d’aider à maintenir le lien entre l’enfant et le parent, la décision vient finir de le briser. Entendre l’enfant ne signifie pas accepter aveuglement sa demande mais la prendre en compte. Il s’agit alors de lui faire remarquer que nous comprenons en compte sa difficulté mais que la décision étant très grave, il a été décidé de maintenir le lien tel qu’il était auparavant avec son parent. Il s’agit également de rappeler à l’enfant que le rôle d’un parent est de s’assurer du maintien du lien entre l’enfant et l’autre parent. Il s’agit d’ajouter que le parent défaillant dans le maintien de ce lien devra rendre des comptes. On peut l’expliquer par des choses simples comme les règles de politesse intrafamiliales : Alors que le couple était marié et heureux, aucun n’aurait accepté que son enfant refuse de dire bonjour, au revoir ou bonne nuit à l’autre parent. Les deux seraient restés solidaires pour faire entendre les règles de respects auprès du parent… et plus exhaustivement de la vie. Ce respect de l’autre parent doit perdurer malgré la séparation. 

Les biais à éviter lorsque l’on doit prendre une décision sur un enfant qui refuse de voir un de ses parents : 
- ternir compter uniquement de l’avis de l’enfant lorsqu’il refuse de voir son parent. « Dans l’intérêt de l’enfant »… Beaucoup de psy, de juges et d’intervenants du social pensent justifié de répondre positivement à sa demande. Mais cela induit malheureusement une distorsion des valeurs chez l’enfant. Celui-ci, non conscient de ce qu’il demande et de ses conséquences (je rappelle que, selon Piaget, un enfant a finit d’acquérir la pensée abstraite vers 16 ans et donc la notion de projection dans le futur et de vue globale), se retrouve maitre de son destin mais surtout il pense avoir le pouvoir sur le monde des adultes. 
- Espérer que les deux parents pourront s’entendre. Si l’enfant en est arrivé à ne plus vouloir voir un de ses parents, c’est que l’autre sans même vouloir nuire à ce parent, n’a pas su imposer son autorité de parent et a laissé faire. Que ce soit par démission ou par volonté de nuire, l’autre parent a forcément participé. 

Risque pour l’enfant à court-terme : 
En apparence, tout va bien, l’enfant travaille bien à l’école, socialise, dort bien, mange bien, est affectueux, … mais l’enfant a perdu de sa capacité à rebondir, de sa capacité à s’adapter sainement à l’environnement
L’enfant passe entre 4 à 8 jours chez son père et est au centre d’une campagne de dénigrement et de mise en exergue de toutes les failles d’un parent. Il est parallèlement gratifié par le parent gardien. 
Normalement, dans un contexte sensible, douloureux, l’enfant utilise des résiliences. La résilience est une aptitude à rétablir un équilibre émotionnel lorsque l’on subit des moments de stress ou des abus importants. 
Les résiliences utilisées par les enfants en situation de stress sont en général : 
- l’indépendance qui est basée sur la capacité d’établir des limites entre soi et les individus néfastes. Il s’agit pour l’enfant de mettre à distance intuitivement les individus qui leur sont néfastes. 
- La prise de conscience qui est la capacité à évaluer les problèmes et à trouver des solutions. Par exemple, dans le contexte de conflits entre les parents séparés, l’enfant va apprendre à dire et ne pas dire en fonction des attentes de chaque parent. Il a compris le besoin de chaque parent, identifié les risques quand il affirme son soutien à l’autre parent, et donc crée une compétence aux mensonges et à l’adaptation pour pouvoir maintenir une relation satisfaisante et non nocive avec chacun de ses parents. 
- Le développement des relations satisfaisantes avec des individus en bonne santé mentale. L’enfant saura intuitivement aller vers des individus qui l’aideront à trouver un équilibre et un environnement serein. 

Malheureusement, avec la campagne de dénigrement et l’angoisse de perdre le parent gardien, l’enfant biaise, pervertit ses résiliences afin de venir conserver ses privilèges avec le parent gardien. Il y a donc une distorsion de la capacité à évaluer la réalité et à rebondir. L’enfant perd donc de ses compétences pour pouvoir survivre. 
- l’indépendance est mise à mal car l’enfant se retrouve entouré d’individus qui tous ont pour préoccupation le rejet du parent non gardien. Le parent gardien approuve et renforce cet entourage et envahi (volontairement ou non) la liberté de juger de l’enfant. Il perd donc sa capacité à estimer ce qui lui est positif ou non et perd au passage cette résilience essentielle pour sa construction. 
- La prise de conscience devient inexistante car on a retiré à l’enfant cette capacité à juger l’environnement et donc s’adapter à celui-ci. 
- Le développement des relations satisfaisantes avec des individus en bonne santé mentale devient impossible car toute personne saine viendrait questionner les motifs irrationnels du rejet. L’enfant se repli sur lui et son environnement anti-autre-parent.

En fait, les aptitudes résilientes existent toujours mais sont mises au service de la rupture avec l’un des parents et de la survie avec le parent gardien. 

En excluant le père, il ne choisit plus les personnes qui lui sont bienveillantes et intègre comme normal les individus dans la critique et la colère. L’enfant, par ailleurs, participe activement à cette campagne de dénigrement et ainsi se piège car il ne pourra plus revenir en arrière. 
Il est important de comprendre que l’enfant, même à 18 ans, ne maitrise en rien la situation. Il met en place une résilience pervertie afin de survivre. Son quotidien est en jeu et l’amour du seul parent qui lui reste le seul et unique pilier dans sa construction identitaire. Sans compter que l’enfant est amputé de l’identification à son père…

Il a perdu également sa naïveté et sa spontanéité qui sont souvent remplacées par une forme de cynisme.
Il gagne en paranoïa, en appréhension, en rancune, la perte du sentiment d’identité, la perte de l’estime de soi…
Tout cela va créer un nouveau mode de fonctionnement biaisé, tronqué qui sera la marque de ses relations futures. 

Risque pour l’enfant à long terme : 
L’enfant peut développer pendant la période où il ne voit pas son père ou sa mère des troubles psychopathologiques, psychosomatiques et relationnels tels que l’impossibilité de gérer une relation à plusieurs, l’incapacité à gérer un conflit mais également une perte considérable de la confiance en soi. L’enfant perd sa capacité à juger, à estimer les événements et les individus et doit donc s’en remettre à un autre pour prendre des décisions. Un risque de dépendance en naît et risque d’induire à long-terme un penchant pour l’alcool, la drogue et toute autre forme de dépendance. 

A l’âge adulte, l’enfant ayant rejeté un parent, parce qu’il a appris à ne s’en remettre qu’à un parent au détriment de ses propres besoins, aura une tendance à avoir des relations basées sur le mode soumission / domination. On retrouvera des angoisses de rapprochement et des difficultés à tolérer l’intimité psychique. Ces angoisses viennent en quelque sorte protéger l’adulte du risque de se voir voler, encore une fois, son identité en partie ou en totalité.

La psychothérapie sera même difficile à définir si le psychothérapeute n’est pas formé à cette problématique. En effet, l’abus psychologique et profondément narcissique fait à l’enfant a été caché derrière une relation d’amour forte au parent gardien. L’adulte aura tendance à ne pas parler du parent absent et à ne valoriser que le parent gardien. 

Elodie Cingal, psychothérapeute
www.psy-conseil-divorce.com

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