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Elodie Cingal/ 06.33.55.39.43

  • : psy-conseil-divorce
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  • : En tant que psychologue psychothérapeute (N° ADELI 75 93 4781 8), j’ai eu l’occasion de travailler sur différents problèmes et différentes pathologies. Capable de m’intéresser à beaucoup de domaines, j’ai voulu créer un petit blog qui parle de la psychologie en générale et des sujets qui me tiennent à cœur à un moment donné. Téléphone : 06 33 55 39 43
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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 09:04

Depressedshort.jpg

Il arrive que lors d’une procédure de divorce ou de séparation, le Juge des Affaires Familiales ne parvienne à se faire une idée de la situation dans laquelle se trouvent le couple et le ou les enfants. Il ordonne alors, à la demande ou non d’un ou des deux parents, une enquêtes médico-psychologique ou une enquête sociale. Ces deux enquêtes n’ont pas le même but:

  •  L’enquête médico-psychologique vise à évaluer la structure psychologique des deux parents, la santé psychologique de l’enfant et in fine les compétences ou la compatibilité des deux parents à s’occuper de leur enfant.
  •  L’enquête sociale vise à évaluer les conditions d’accueil de l’enfant chez chacun des parents et la plus ou moins bonne insertion de l’enfant chez eux.

En théorie, l’idée d’une enquête est une bonne solution pour éclairer un Juge des Affaires Familiales qui, indécis, aimerait pouvoir se référer au rapport d’enquête pour rendre sa décision. Dans la réalité, l’affaire est tout autre. L’enquête a plusieurs biais qui viennent rendre souvent caducs les conclusions des experts.

1/ Concernant le psy, son travail n’est pas de trouver LA vérité. Il n’a pas pour mission de faire éclater la vérité. Il doit écouter l’histoire DU patient, sa vérité à lui et par cette écoute dessiner un profil de personnalité. C’est pourquoi souvent les psys ne sont pas intéressés par les preuves que les enquêtés apportent.  En théorie, savoir qui dit la vérité sur tel ou tel conflit, n’est pas pertinent. Ce qui l’est, c’est la manière de raconter. Le psy, par ce discours, devrait (s’il prend le temps et s’il est compétent) pouvoir extraire des traits de personnalités comme la frustration à la tolérance, la (in)capacité à mentaliser, les types d’angoisses et de défenses, les (in)compétences interactives….etc. Et alors, tracer les lignes majeures de la personnalité.

 

2/ Malheureusement, les psys n’ont ni les moyens ni le temps de bien faire leurs enquêtes. Ils se basent donc essentiellement sur ce qui est dit au lieu de regarder comment cela est dit.  Ils se contentent souvent de redire ce qu’ils ont entendus durant les entretiens et de conclure selon qui l’a le mieux parlé, le mieux persuadé.

 

3/ Or, dans la pratique, les Juges des Affaires Familiales se basent essentiellement sur le rapport des experts pour rendre leur décision, excluant parfois des preuves ou des éléments pertinents. Un rapport d’enquête doit être considéré comme une technique d’investigation et ne prétend pas à un statut de science exacte. Le rapport devrait donc apporter une réflexion à prendre en compte avec un ensemble d’éléments pertinents.

 

 

4/ Non seulement, les sciences sociales ne sont pas des sciences exactes mais en plus aucun psy n’a reçu la même formation. Seuls les psys ayant effectué exactement le même cursus peuvent considérer que leur approche du patient est relativement uniformisée.  Un cursus universitaire a son orientation théorique qui vient déterminer mon approche de l’être humain. Ensuite, il existe multitude d’outils d’investigations en psychologie, et l’utilisation de certains permet de mieux tracer une personnalité qu’une autre. Je me questionne alors sur la capacité d’un Juge des Affaires Familiales à lire et comprendre les conclusions d’un rapport. Tant qu’il n’y a pas d’uniformisation de la formation des psychologues, il ne peut exister de lecture libre d’un rapport. La lecture devient aléatoire.

 

5/ Lors d’un enquête, qu’elle soit sociale ou psychologique, l’expert peut avoir un titre différent d’un expert à un autre et donc une approche différente. Un enquête sociale peut être menée par un psychologue comme par une assistante sociale. Les deux n’ont donc pas la même formation, le même regard et les mêmes outils d’évaluation. L’enquête sociale faite par un psy aura tendance à dessiner la personnalité du sujet alors que ce n’est pas ce qui est demandé par le Juge des Affaires Familiales. L’enquête psychologique peut être menée par un psychologue ou un psychiatre. Même si les deux sont formés à poser des diagnostics et à traiter le sujet, ils ne travaillent pas sur les mêmes populations ou quand ils travaillent sur la même population c’est avec une approche différente et complémentaire. Donc le rapport ne sera pas le même encore une fois et le Juge des Affaires Familiales n’a pas été formé à comprendre sur quoi se base un expert pour rendre son rapport. Si un juge n’a pas besoin de comprendre la balistique pour se décider (science exacte) en science sociale, il me semble que toutes les enquêtes devraient être menées de la même manière qui permettrait de créer des grilles de lectures pour le juge. Ainsi, la marge d’erreur dans la lecture des conclusions serait diminuée.

 

6/ Les experts n’ont ni les moyens ni le temps d’intervenir dans les bons délais. Il arrive souvent qu’une enquête soit ordonnée dans les deux mois et que l’expert ne puisse venir que dans les 6 mois. L’enquête n’a alors plus la valeur. Les motivations pour ordonner l’enquête sont souvent obsolètes après un tel délai. Dans les situations de séparation conflictuelle, les événements vont et viennent à une vitesse folle modifiant alors les rapports entre adultes et avec l’enfant ; l’enquêteur ne peut, malheureusement juger que ce qu’il voit et analyse à un temps. De plus, en six mois, il est aisé de conditionner un enfant ou de saboter des relations parentales.  

 

7/ La parole de l’enfant est parole d’évangile. L’affaire Outreau est la preuve que l’enfant n’a pas une parole fiable. Beaucoup d’experts, dont le psychiatre émérite Dr Bensoussan, ont débattu et prouvé qu’il fallait se méfier de la parole de l’enfant. Et pourtant, majorité d’experts continuent de croire l’enfant sur parole. Ils rédigent alors leur conclusion en reportant les dires de l’enfant sans se questionner sur des données telles que l’influence, la manipulation, la séduction, la peur ….

 

8/ Les représentations sociales ont la peau dure. En 7 ans de fac, diplomée d’un master en psychologie (5 ans), je n’ai jamais eu un seul cours sur les hommes et encore moins sur les pères. J’ai été cependant formée sur les femmes et leur psychologie, sur les femmes et leur sexualité, sur les femmes et les violences (sociales, psy, physiques, ….) qu’elles subissent du fait d’un patriarcat fort et bien sur, sur la psychologie de l’enfant. Si je suis un psy qui sort de la fac à 24 ans, que je m’installe directement et que je ne reçois que des femmes (ce qui n’a rien de surprenant), 10 ans après, alors que je commence à expertiser des familles, je regarde forcément l’homme d’un mauvais œil et la femme avec empathie. Au-delà de cette formation, lorsque l’on parle de victimes, on parle de femmes. Lorsque l’on parle d’auteurs de violence, on parle d’hommes. Les campagnes de lutte contre la violence ne parle que de celle des hommes… etc. Le psy n’est pas à l’abri des stéréotypes et des représentations sociales. Et ils analysent les situations à travers ce prisme. L’objectivité est donc questionnable quant aux conclusions émises.

 

9/ La 1ere chose que l’on m’a apprise en fac concernant les passations de tests ou d’entretien à visée diagnostique, c’est que les tests mesurent avant tout la capacité à passer un test. C’était une manière de nous faire comprendre, que l’un des biais du test ou de l’entretien, est la peur que le patient ressent dans ce contexte. On peut donc dire qu’une expertise mesure surtout la capacité à passer devant un expert. Tout le monde n’est pas à l’aise de la même manière à se retrouver en face à face. De plus, il y a forcément un fond paranoïaque face à l’expert dans les situations de séparation. Après tout, le psy est là pour trouver « la faille » ! Et puis, si je ne parviens pas à le séduire, il peut détruire ma vie. Cette personne en face va décider si je peux ou non voir mon enfant !!! Alors, est ce que je montre réellement qui je suis, ou est ce que je suis dans la séduction. Malheureusement, je n’ai encore jamais lu un rapport d’expertise qui rappelait au Juge des Affaires Familiales ce biais qui est plus qu’essentiel pour justement modérer l’utilisation du rapport d’enquête. ?

 

10/ Enfin, et pas des moindres. Un enquêteur devrait pouvoir être neutre. En effet, il se retrouve entre deux personnes. Or, c’est impossible. Parfois, il va jusqu’à ne voir qu’une fois l’un des parents et plusieurs fois l’autre, ou ne voir l’enfant qu’avec l’un d’eux ou encore chez uniquement l’un des parents ; Cela conduit forcément à une disparité dans l’analyse. Dans l’idéal, une enquête devrait être menée par un collectif d’experts, constitué par exemple d’un psychologue, d’une assistance sociale, d’un spécialiste de la petite enfance et un autre des problématiques familiales…

 

 

La réalité est tout autre. Une seule et unique personne, faite de représentations sociales et de stéréotypes, libre de sa méthode d’investigation, formée sérieusement mais on ne sait comment, va donner un rapport d’expertise à un Juge des Affaires Familiales qui se basera majoritairement sur ses conclusions.

Bien sur, il existe d’excellents enquêteurs, consciencieux, qui prennent leur temps et donc les conclusions sont sérieuses. Ils sont rares et surtout écoutés au même titre que les moins compétents. 

 

image : http://www.psychologue-a-paris.com/images/Depressedshort.jpg

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Published by Elodie CINGAL - dans Séparation - divorce
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commentaires

Michel Willekens 23/03/2015 21:42

Et bien Elodie... si la psychologie est une science inexate, j'estime que... ce que tu as écris, ici, correspond bien à des milliers de situations que j'ai pu... moi-même... approcher depuis plus de 20 ans dans les groupes de parents,victimes de ''Parentectomies'' tant des groupes effectifs que des groupes sur Internet.

Mais nous devons toujours rester très prudent, car il exsite aussi des parents qui sont privés à juste titre de leurs enfants... et qui se plaingent, aussi, d'aliénation parentale... justifiée ou injustifiée... et qui nous font part de leurs situations difficilement supportables...
Ce que je peux bien comprendre, en ce qui concerne leurs angouasses d'être privés de leurs enfants (à juste titre, ou non) car, selon mon avis personnel (comme des avis d'autres spécialistes) les parents avec qui ils vivent le plus souvent avec les enfants (qui rejetent leurs seconds parents), devaient leur expliquer (à leurs enfants) qu'ils doivent continuer à respecter leurs parents ''rejetés'', et qu'ils doivent continuer à les voir et à les côtoyer... ainsi que la famille de ces parents rejetés...

En effet, les psychologues ou les psychiatres (dignes de ce nom) savent très bien que des enfants ne peuvent pas tuer symboliquement, et impunément, leurs géniteurs... tant pères que mères...
Le sentiment de loyauté étant aussi ancré dans les gènes des enfants...

On peut dès lors s'inquiéter des conséquences sur les enfants qui sont en ''conflit de loyauté'' envers leurs pères ou avec leurs mères... et tirer la sonnette d'alarme de dire que des enfants arrivent même à se suicider...

Merci Elodie pour ce texte très explicite qui peut servir à former des personnes qui sont confrontées dans cette problématiques des conflits de séparations et de divorces.
Je ne manquerai pas de diffuser ton travail. Bien à toi. Un coucou de Charleroi

DR House 01/06/2014 20:09

Bonjour,
Etant moi même Expert Psychiatre, je me pose un seule question à la lecture de votre texte: avez vous déjà fait une seule expertise familiale?

Xavier 30/11/2013 23:04

Madame,

Je tiens à vous féliciter pour votre article. Vous prenez ici le risque d'aller à contre-courant de la pensée dominante érigeant l'égalité de traitement comme dogme et osez évoquer la difficile neutralité des thérapeutes recevant des pères lors d'expertises dans le cadre de divorces.
A la sortie de l'entretien que je viens de passer aujourd'hui, accompagné de mes deux enfants (qui ont exprimé très clairement leur volonté de vivre avec moi), mon incompréhension face à l'attitude de cette psychiatre n'a trouvé de réconfort qu'à la lecture de votre article.
Merci pour votre clairvoyance.

Thomas Durden 02/01/2013 04:59

Bonjour,

Je tenais à vous dire que je trouve que votre site est particulièrement bien réussi.
J'apprécie notamment la dimension psychologique que vous apportez à vos article.

La plupart des sites sur le divorce sont rarement des succès lorsqu'ils cherchent à traiter la dimension psychologique de la procédure, que ce soit du point de vue des enfants comme des
parents.

Personnellement j'ai une formation de juriste et mon site ( http://divorces-par-consentement-mutuel.fr/ ) a beau être complet sur le sujet qu'il traite, il reste beaucoup plus "académique" que le
votre.

Je vous souhaite bonne continuation dans cette entreprise.

Cordialement,

Thomas Durden
http://divorces-par-consentement-mutuel.fr/

pka13 02/10/2012 17:46

Merci pour votre article.

J'ai vécu cela, et votre analyse me semble pertinente.

Le JAF avait demandé une expertise et une enquête. De mois en mois cela était repoussé car les personnes désignées ne pouvaient prendre le dossier (manque de temps je suppose). Il y avait
effectivement parfois des psychologues, parfois psychiatres, parfois assistantes sociales.

Puis venu le moment, on se rend compte qu'avec la meilleure volonté du monde le temps est bien trop court pour avoir une vraie analyse complète et impartiale (1 voir 2 RDV).

Je suppose en plus qu'ils ne sont pas suffisamment payés pour cette tâche difficile.

Enfin comme vous le dites le JAF se base essentiellement sur ces documents pour rédiger ses conclusions. Lui-même étant débordé, et les affaires trainant en longueur, je suppose que c'est aussi
très difficile.

Au final cela s'est apaisé de notre côté, mais ce n'est pas facile à vivre. Au final c'est la médiation familiale, qui ne peut être imposée, qui a débloqué la situation.