Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Elodie Cingal/ 06.33.55.39.43

  • : psy-conseil-divorce
  • psy-conseil-divorce
  • : En tant que psychologue psychothérapeute (N° ADELI 75 93 4781 8), j’ai eu l’occasion de travailler sur différents problèmes et différentes pathologies. Capable de m’intéresser à beaucoup de domaines, j’ai voulu créer un petit blog qui parle de la psychologie en générale et des sujets qui me tiennent à cœur à un moment donné. Téléphone : 06 33 55 39 43
  • Contact
6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 08:57

« Lorsque deux catégories humaines se trouvent en présence, chacune veut imposer à l’autre sa souveraineté ; si toutes deux sont à même de soutenir cette revendication, il se crée entre elles soit dans l’hostilité, soit dans l’amitié, toujours dans la tension, une relation de réciprocité ; si une des deux est privilégiée, elle l’emporte sur l’autre et s’emploie à la maintenir dans l’oppression. On comprend donc que l’homme ait eu la volonté de dominer la femme : mais quel privilège lui a permis d’accomplir cette volonté ? »17

 8666240-chef--un-grand-groupe-de-femmes--graphiques.jpg

 

 La préhistoire :

 

-          Les nomades :

 

Bien que nous ne sachions toujours pas si la musculature, l’ossature et l’appareil respiratoire de la femme étaient moins développés que chez l’homme, de durs travaux lui étaient confiés, permettant ainsi à l’homme d’avoir les mains libres. L’homme pouvait alors se défendre et défendre sa « tribu » contre les agresseurs ; hommes ou bêtes. Son rôle était donc considéré comme plus important que celui de la femme.

De surcroît, la femme, du fait des grossesses répétées, accouchements et menstruations, se trouvait dans une situation d’impotence. Tout cela diminuait sa capacité et sa force pour intervenir dans la survie du groupe. Comme il n’y avait aucun contrôle des naissances, les maternités répétées empêchaient les femmes d’assurer la survie de la plupart de leurs progénitures. « La fécondité absurde de la femme l’empêchait de participer activement à l’accroissement de ces ressources tandis qu’elle créait indéfiniment de nouveaux besoins »17.

C’est donc l’homme qui assurait les besoins de l’espèce, qui avait le privilège de maintenir la vie alors que la femme ne faisait que rendre les choses plus difficiles.

Les enfants étaient considérés comme une charge, la preuve réside dans le fait qu’à la préhistoire, il y avait beaucoup d’infanticide. Les femmes ne connaissaient pas l’orgueil de la procréation. « Elle se sent le jouet passif de forces obscures, et le douloureux accouchement est un accident inutile ou même importun »17. Engendrer, allaiter ne sont que des fonctions naturelles, aucune volonté n’y est associée ; « c’est pourquoi la femme n’y trouve pas le motif d’une affirmation hautaine de son existence ; elle subit passivement son destin biologique »17.

En revanche l’homme risque sa vie pour protéger sa horde et apporter un minimum de ressources. La supériorité lui revient donc car elle est accordée au sexe qui tue et non à celui qui engendre.

« Cependant, certains historiens prétendent que c’est à ce stade que la supériorité du mâle est le moins marquée ; ce qu’il faudrait dire plutôt c’est que cette supériorité est immédiatement vécue, pas encore posée et voulue ; on ne s’applique pas à compenser les désavantages cruels qui handicapent la femme ; mais on ne cherche pas non plus à la brimer… »17.

 

-          Les sédentaires ou les agriculteurs :

 

C’est la période où il existe un véritable règne des femmes. En effet, avec la sédentarisation grâce à l’agriculture, l’homme fait l’expérience de la collectivité et de l’appropriation. « A ce moment la différenciation sexuelle se reflète dans la structure de la collectivité »17 qui s’exprime par le travail de la terre.  La femme est alors revêtue d’un extraordinaire prestige.

Les hommes ignoraient le rôle qu’ils jouaient dans la procréation. Pour eux, l’enfant était « la réincarnation des larves ancestrales qui flottent autour de certains arbres, de certains rochers, dans certains lieux sacrés, et qui descendent dans le corps de la femme »17. On se situe dans une société totemiste dont la femme représente la transmission d’un passé et donc l’élaboration d’un futur.

Les hommes admirent le pouvoir de la terre comme ils admirent le pouvoir des femmes à transmettre le patrimoine. Pour eux, les deux sont aussi bien de l’ordre du mystique que du naturel.

De ce fait, il est impossible de regarder la femme comme un autre sujet. « Les femmes n’ont donc jamais constitué un groupe séparé qui se fût posé pour soi en face du groupement mâle ; elles n’ont jamais eu une relation directe  et autonome avec les hommes ».

 

L’antiquité :

 

Alors que l’homme possédait la terre et qu’il avait élaboré des outils pour la préserver, la notion de propriété est apparue très prégnante. Et, la femme est devenue de plus en plus une propriété de l’homme. C’est l’apparition du patriarcat.

La femme n’avait aucun héritage et appartenait au bon vouloir du père et du mari. La propriété était transmissible par l’affiliation mâle. Si la fille était la seule descendance, la propriété revenait à son mari. La femme n’était qu’un patrimoine de plus pour l’homme. Si le mari désirait la répudier, il en avait tous les pouvoirs. L’homme avait aussi tous les droits d’infanticide. « Accepter l’enfant femelle, c’est de la part du père un acte de libre générosité ».

La femme était placée au même rang que l’esclave, la bête, la chose. Dans ce contexte, la femme n’était qu’une possession et cela impliquait donc que l’époux pouvait avoir autant de femmes qu’il le désirait. En revanche, une fois que la femme devenait la possession de l’homme, elle lui devait fidélité irréprochable. « Ce serait le pire des crimes que de risquer de donner les droits d’héritages à un rejeton étranger : c’est pourquoi le pater familias a le droit de mettre à mort l’épouse coupable ».

On plaçait la femme sous tutelle, c’est-à-dire qu’elle était sous la responsabilité d’un homme : son père, son mari ou si les deux étaient inexistants, le frère. La femme n’était donc qu’une chose soumise à l’homme, inhibant ainsi ses droits et plaisirs.

 

 

L’idéologie chrétienne :

 

L’idéologie chrétienne a largement contribué à l’asservissement des femmes. En effet, bien qu’elles témoignaient comme martyres aux cotés des hommes, elles étaient exclues du culte. Elles n’étaient autorisées qu’à apporter des soins aux malades ou des secours aux indigents.

« A travers saint Paul s’affirme la tradition juive, farouchement antiféministe. Saint Paul commande aux femmes l’effacement et la retenue ; il fonde sur l’Ancien et le Nouveau Testament le principe de la subordination de la femme à l’homme. « L’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme de l’homme ; et l’homme n’a pas été créé en vue de la femme, mais la femme en vue de l’homme ».

Dans cette religion où la chair est péché, la femme apparaît comme la tentation la plus grave du diable. Tertullien écrit : « Femme, tu es la porte du diable. Tu as persuadé celui que le diable n’osait attaquer en face. C’est à cause de toi que le fils de Dieu a dû mourir ; tu devrais toujours t’en aller vêtue de deuil et de haillons. »

A partir de Grégoire VI, le célibat est imposé au prêtre. La femme est alors plus tentatrice que jamais et son caractère dangereux est plus présent. La femme est considérée comme être incomplet, une sorte d’homme manqué.

 

 

Le Moyen Age :

 

La femme reste toujours dans l’absolu dépendance au père et au mari. La femme est mariée sans son accord et elle est répudiée au bon vouloir du mari qui a un droit de vie et de mort sur elle. Elle n’est plus considérée comme une bête ou un objet mais comme une servante. La loi lui donne des droits mais toujours comme une propriété de l’homme et comme la mère de ses enfants. Se marier devient une manière d’être respecté. L’insulter, la tenir par la main quand on n’est pas son mari, sont puni sévèrement. L’avortement est interdit sous peine d’une amende financière, tuer une femme enceinte coûte quatre fois plus chère que le meurtre d’un homme libre.

La femme a donc un prix, mais seulement lorsqu’elle est enceinte. « Elle perd tout son prix quand elle ne peut plus être mère ».

 

Cependant, sous Charlemagne,  elle devient le fait de l’état lorsqu’elle est privée de ses tuteurs. « Cette protection entraîne pour celle-ci le même esclavage que naguère ».

 

Vers le XIe siècle, la féodalité admet la succession féminine en l’absence d’héritier mâle. Mais, la femme ne saurait défendre seule le domaine féodal et elle reste donc sous la tutelle d’un homme : son mari. « La femme est donc l’instrument à travers lequel le domaine se transmet, non sa détentrice ».

L’héritière représente donc une terre et un château. Les prétendants se disputent cette femme et parfois celle-ci n’a même pas douze ans quand son père la donne à un baron. « Multiplier les mariages, c’est pour un homme multiplier ses domaines ». Donc, la femme est très souvent répudiée. Veuve, elle est tout de suite remariée. Si ce n’est pas le cas, c’est elle-même qui va réclamer un nouveau mariage auprès du roi : « Mon mari vient de mourir, mais à quoi sert le deuil ? … Trouvez-moi un mari puissant car j’en ai besoin pour défendre ma terre ».

L’époux maltraitait régulièrement sa femme. On peut dire que la civilisation guerrière n’a pour la femme que du mépris et ne la considérait que comme un héritage.

Cependant, elle peut être admirée quand elle réussit à défendre le château en l’absence du maître des lieux. Elle est respectée car elle se comporte exactement comme les hommes. Lorsqu’elle parvenait à surpasser le mari, elle était aussitôt décapitée.

 

Au XIIIe siècle apparaît la courtoisie qui améliore médiocrement la condition de la femme, mais elle ne la modifie pas en profondeur. Ce ne sont pas les poésies et la religion qui aident la femme, mais ce sont les lois. Avec la suprématie du pouvoir royal, le droit de tutelle est aboli, ainsi que le droit de décider du mariage de la fille. La propriété devient un patrimoine royal. « Et il n’y a plus de raison pour que les deux sexes ne soient pas traités sur un pied d’égalité ». « On la voit même jouer un rôle militaire, commander des troupes, prendre part aux combats ; il existe avant Jeanne d’Arc des femmes soldats, et si la Pucelle étonne, elle ne scandalise pas ».

 

Néanmoins, la puissance maritale survit à la disparition du régime féodal. La femme est considérée comme ayant les mêmes capacités que l’homme, mais elle est toujours sous la tutelle de son mari. Le mariage a donc les mêmes critères de fonctionnement qu’au début du Moyen Age. Ceci est beaucoup plus présent dans les classes possédantes (riches). « Chez ceux qui n’avaient pas grand chose, ils avaient seulement la jouissance commune de leur maison, des meubles, des ustensiles : l’homme n’avait aucune raison de chercher à se rendre maître de la femme qui ne détenait aucun bien ». La tâche que chacun des époux effectuait ramenait la femme au rang d’égalité. Elle acquiert donc une autonomie du fait de ce lien social et économique.

 

La Renaissance :

 

Le statut de la femme reste approximativement le même du début du XVe au XIXe siècle. Mais, dans les classes privilégiées, sa condition évolue.

En effet, les femmes commencent à se distinguer. N’étant pas engagées dans la politique du monde, elles ont tout le temps nécessaire pour se cultiver et intervenir dans les salons. « Leur instruction n’est pas organisée mais à travers des entretiens, des lectures, l’enseignement de précepteurs privés ou des conférences publiques, elles parviennent à acquérir des connaissances supérieures à celles de leurs époux ». Des noms tels que Mme De Rambouillet, Mme de Sévigné bénéficient d’une grande réputation. « En 1623 le nonce du pape écrivait : « en France tous les grands évènements, toutes les intrigues d’importance dépendent le plus souvent des femmes. » .

Au XVIIIe siècle, la liberté des femmes est en pleine expansion bien que les mœurs soient encore très rigoureuses. Dans la bourgeoisie, la fille est soit mariée, soit mise au couvent où la morale est en faveur des hommes. Cependant, ni la religion, ni l’éducation ne permettent de contenir les femmes dans leur rôle de soumission. L’art est envahi par les femmes. Elles sont écrivains, actrices, chanteuses. C’est donc à travers le domaine culturel que les femmes s’imposent. Mais, même si ces pratiques sont tolérées, la femme n’a pas l’apanage de la réussite. En effet, l’homme a des privilèges que la femme n’a pas. Alors que le garçon s’instruit, la femme reste à la maison à entretenir le foyer ou dans un couvent dans lequel n’est enseigné que la morale chrétienne et le savoir-faire d’une maîtresse de maison.

 

Les femmes commencent à défendre leurs droits et tentent donc d’imposer une égalité des sexes. Se soulèvent contre elles de nouvelles attaques. Les Précieuses ont choqué et reçoivent en retour les railleries des autres artistes. Molière s’est imposé avec « les précieuses ridicules » et « les femmes savantes », bien qu’il soit en faveur de la libération de la femme.

 

Au XVIIIe siècle, deux opinions se confrontent : celle en faveur des femmes, et celle qui tente de garder des privilèges masculins.

Rousseau considère la femme comme celle qui appartient au désir de l’homme : « Toute l’éducation des femmes  doit être relative aux hommes… La femme  est faite pour céder à l’homme et pour supporter ses injustices ».

L’idéal  démocratique et individualiste de ce siècle est favorable aux femmes, elles sont les égales de l’homme. Elles seront défendues par Diderot et Voltaire.

 

Ce sont les femmes des classes travailleuses de la petite bourgeoisie ou du milieu rural qui connaissent le plus d’autonomie. Elles peuvent tenir un commerce ou leur terre et gérer leur vie plus ou moins comme bon leur semble. Nonobstant cette indépendance, c’est sur le plan économique et sexuel qu’elle subit le pouvoir de l’homme.

En effet, l’homme conserve le droit du mundium, c’est-à-dire que la femme doit encore fidélité et obéissance à son mari. Si elle est prise sur le fait pendant l’adultère, le mari a le droit de la tuer. Il peut sinon la condamner à la réclusion, obtenir le divorce. En revanche, le mari est simplement frappé d’une amende s’il amène sa concubine au domicile conjugal. Le père a toujours plus de droit sur les enfants que la mère.

 

 

Le XIXe siècle :

 

 Le XIXè siècle est caractérisé par ceci : « le mari gouverne, la femme administre, les enfants obéissent. Le divorce est bien entendu interdit ; et la femme est confinée au foyer. « les femmes appartiennent à la famille et non à la société politique, et la nature les a faites pour les soins domestiques et non pour la fonction publique », dit encore Bonald ». La femme ne peut acquérir un statut que par son altruisme supérieur à l’homme, son amour et sa pureté. Selon Balzac, « la destinée de la femme et sa seule gloire sont de faire battre le cœur des hommes »*.

Il s’agit globalement d’une réaction antiféministe contre l’émancipation débutante des femmes du XVIIIe siècle.

La bourgeoisie suit le programme que Balzac développe dans « Physiologie du Mariage » : « Il faut lui refuser l’instruction et la culture, lui interdire tout ce qui lui permettrait de développer son individualité, lui imposer des vêtements incommodes, l’encourager à suivre un régime anémiant ». Elles sont donc confinées à des rôles de maîtresse de maison et par compensation on les honore de politesses hypocrites. La galanterie apparaît afin de déresponsabiliser la femme. « On espère qu’ainsi dupée, séduites par la facilité de leur condition, elles accepteront le rôle de mère et de ménagère dans lequel on veut les confiner ». Peu de femmes ose revendiquer d’autres droits, de peur qu’on ne leur ôte leurs privilèges de bourgeoise.

 

La fin du XIXè siècle permet une grande révolution des femmes dans la société. En effet, avec l’essor de l’industrie, une main d’œuvre plus importante est nécessaire. Les femmes deviennent donc utiles à la société. Une ère neuve s’ouvre à elles. Cependant, elles restent exploitées et ne peuvent subvenir seules à leurs besoins.

Au fur et à mesure, la législation sociale prend en compte la condition des femmes travailleuses :

-          2 novembre 1892 : première charte du travail féminin. Elle interdit le travail de nuit et limite la journée d’usine.

-          1907 : la travailleuse obtient la libre disposition de ses gains

-          1909 : on garantit des congés payés aux femmes en couches

-          1913 : le repos des femmes avant et après l’accouchement est réglementé. On leur interdit les travaux dangereux. 

 

Cependant, la femme est toujours rémunérée de manière bien inférieure à l’homme. Etant mariée à un homme qui gagne les ressources nécessaires au foyer, la femme n’est considérée que comme un plus financier. De surcroît, la femme, en tant que main d’œuvre peu chère, représentait un marché considérable où chacune rentrait en compétition avec l’autre. Les femmes savaient qu’elles pouvaient être remplacées dans la minute si elles se plaignaient.

 

Le XXe siècle :

 

Nous pouvons considérer le XXe siècle comme celui de la libération de la femme. Son émancipation se fait à travers un long combat, et à travers un modèle américain qui envahit toute l’Europe.

En effet, les femmes américaines du XIXe siècle ont participé au travail de pionnier aux cotés de leurs hommes. Cependant, ces femmes malgré leurs positions au sein de la société conservaient les mêmes conditions qu’auparavant. « La galanterie à leur égard s’est maintenue ; elles ont gardé des privilèges culturels et une position dominante à l’intérieur de la famille ; les lois leur accordaient volontiers un rôle religieux et moral ; mais les commandes de la société n’en demeuraient pas moins toutes aux mains des mâles ». C’est ainsi qu’en 1830, les femmes ont commencé à revendiquer des droits politiques. De ce fait, les Américaines avaient une longueur d’avance sur les Françaises et elles ont pu servir de modèle aux européennes.

 

-          La Grande Guerre : 1914-1918

 

Dès 1914, les femmes françaises se mobilisent en tant que suffragettes et espèrent obtenir l’égalité politique. « Forte de ses 9000 adhérentes, l’Union française pour le suffrage des femmes (UFSF), qui veut convaincre et procéder par étapes, lance pour l’été une pétition nationale en faveur de la proposition Dussaussoy-Buisson, qui permettrait aux Françaises de participer aux municipales de 1916 ». En Angleterre, comme en Amérique, les femmes commencent à s’imposer.

Cependant, la guerre fait rage. Les hommes fiers de leur armée et économie ne voient dans cette guerre qu’une occasion de montrer leur force. « Presque tous les soldats imaginent une guerre courte et chevaleresque où pourraient s’exprimer de hautes valeurs morales et s’épanouir la communauté des hommes… ».

Quant aux femmes, elles trouvent à travers cette guerre une manière de s’affirmer. Elles deviennent des infirmières, elles réconfortent les hommes à la cantine, elles nourrissent. Mais, cela reste dans leur rôle de femme assistante, servante. Les femmes suspendent donc leurs revendications, leur combat pour accomplir aux mieux leurs devoirs de femme.

Néanmoins, la guerre est plus longue que prévue et mobilise beaucoup d’homme (60% des actifs en France). Les femmes doivent donc prendre le relais. On découvre des « Financières », « des cheminottes », « des factrices »… . Elles restent tout de même exclues du travail d’usine de guerre. Puis, « A l’automne 1915 apparaissent les premières circulaires ministérielles invitant les industriels à employer les femmes partout où cela est possible ». Dans toute l’industrie ou autre, les femmes investissent le milieu du travail mieux payé et valorisé.

 

Tout ceci a pour conséquence « la masculinisation des femmes » qui fut très controversée. Cela fait peur aux hommes, ils sont déstabilisés et donc montrent parfois une franche hostilité qui rappelle les faiblesses cérébrales et physiques du sexe féminin. En retour les féministes, dans tous les pays, se battent pour prouver la valeur du travail des femmes. Les hommes ont soudainement peur de la concurrence et de ne plus être reconnus comme supérieurs.

Alors que les hommes avaient le sentiment de régresser à l’animal dans les tranchées, condamnés à attendre leur propre mort, les femmes prennent « leurs responsabilités publiques pour faire tourner la machine de guerre, ils ont peur d’être dépossédés ou trompés ».

 

Donc la guerre rompt toute inégalité face aux travails et aux responsabilités. Les femmes découvrent ces nouveaux privilèges avec plaisir et ne comptent pas les perdre.

D’autant que « la hantise de la mort bouleverse le rapport à l’autre, rend l’amour plus avide et plus dérisoire à la fois, dénoue les longs rituels de fiançailles et contribue peut être à l’avènement du couple moderne centré sur une exigence de réalisation individuelle et non plus patrimoniale ». La femme a fait l’expérience de vivre seule, sortir seule, assumer des responsabilités qui lui étaient refusées avant cette guerre. 

 

Mais peut-on parler de réelles libertés acquises ? En réalité il s’agit plus d’un mythe patriotique que d’une libération définitive de la femme. Le problème réside dans le fait que toutes ces expériences individuelles défavorisent la solidarité.

 

Il faut noter que la France perd 10% de sa population active masculine. Derrière cette guerre, il y a aussi la peur de perdre le fils, le mari, la solitude affective et sexuelle, les difficultés matérielles… La femme se trouve alors entre le besoin de pleurer ses morts et son plaisir à s’émanciper. « Le soupçon pèse sur les veuves d’être des « veuves joyeuses » plutôt que des héroïnes de la fidélité et des sacrifices du souvenir ».

 

L’armistice du 11 novembre 1918 résonne comme la fin du travail par intérim des femmes. La France est peu généreuse mais pragmatique, elle reconnaît le caractère indispensable du travail féminin.

« Cette violence faite aux femmes semble avoir une fonction tout aussi psychologique qu’économique : d’une part réassurer une identité masculine mise à mal par quatre ans de combats anonymes, d’autre part effacer la guerre et répondre, dans une période de fièvre sociale et de réaction politique, au profond désir des combattants de restauration du monde ancien ». De plus, s’est créé un décalage entre ce que les hommes avaient laissé pour le combat et ce qu’il trouve en revenant au foyer. Ils veulent donc retrouver la même femme docile, douce et soumise.

La guerre sépare donc les sexes, et réactive les anciens mythes selon lesquels l’homme est fait pour combattre et la femme enfanter et materner. Cet ancien mythe permet aux hommes et aux femmes de retrouver la paix des couples.

Cependant, le consentement des femmes aux rôles de mère et de femme n’est que superficiel car ce qu’elles ont acquis lors de la guerre n’est pas oublié et reste dans les consciences.

 

 -          L’entre deux guerres :

 

Au sortir de la guerre 14-18, la joie de vivre est retrouvée. Mais, une nouvelle femme va s’imposer : la garçonne. « Elle veut conquérir son indépendance financière en faisant « carrière » et pousse la liberté sexuelle et morale jusqu’à la bisexualité avant de fonder avec son compagnon une union stable et égalitaire ». Elle a un comportement masculin et se présente comme un homme en se coupant les cheveux court. La femme se masculinise dans le sens où elle gère sa vie et sa carrière, malgré la discrimination salariale.

 

L’état répond à ces tentatives d’émancipation par une propagande sur le rôle indispensable de la mère.  L’éducation des enfants prend une nouvelle forme avec des infirmières visiteuses qui viennent prêcher la bonne éducation aux mères. Ce matraquage éducatif entraîne de manière explicite aussi bien qu’implicite, l’interdiction du travail pour les femmes. Les médecins renforcent la fonction inéluctable de la mère auprès de l’enfant. La femme ne saurait confier son enfant à une étrangère et se retrouve donc à nouveau à la maison. La tâche maternelle est de plus en plus présentée comme la plus noble des carrières. « La propagande en faveur des femmes au foyer est si universelle et péremptoire que de nombreux maris et femmes l’ont intériorisée ».

 

Mais, la France reste le pays qui emploie le plus de femmes : environs 35% de la population active dont la moitié était mariée. En effet, « indifférentes à la propagande familialiste, alors à son paroxysme, les femmes ont géré leur  vie professionnelle et privée en fonction de leurs seules aspirations ».

Surtout, que l’hygiène devient un critère très important. Les femmes découvrent le lait stérilisé, le nettoyage de l’enfant de manière plus régulière. En France, on sort peu à peu de l’élevage de l’enfant pour entrer dans les principes de l’éducation. L’éducation est le fait des femmes qui sont alors reconnues comme des privilégiées.

 

Au niveau affectif, les femmes ont maintenant la possibilité de choisir leur conjoint. Les pères n’osent plus imposer à leur fille un mariage arrangé. Cependant, les filles ne sauraient se décider sans avoir l’accord de la famille. Elles ont, de surcroît, acquis le droit de divorcer.

L’avortement, interdit déjà bien avant la guerre, est jugé à partir de 1920 comme un crime. Le diaphragme n’est pas non plus autorisé. La femme n’a que très peu de moyens de contraception et les avortements clandestins sont donc de moins en moins rares.

 

Certains auteurs ont voulu y voir l’expression d’un féminisme au quotidien. En effet, « la conclusion est quelque peu excessive, mais elle permet d’affirmer que les femmes ont résisté aux pressions politiques, sanitaires et sociales, comme pour le travail, afin de préserver leur liberté d’appréciation ».

 

-          Les Françaises sous Vichy :

 

Après la défaite rapide et brutale de mai-juin 1940, le régime de Vichy apparaît, autoritaire et réactionnaire pour tenter de donner des réponses à la crise militaire. Ses principes et objectifs sont « Travail, Famille, Patrie ».

Vichy justifie le rôle des femmes en mettant l’accent sur la différence et la compétence  des sexes au sein même de la famille. « C’est parce qu’ils sont différents et complémentaires que les époux peuvent assurer la stabilité de la famille, à condition bien entendu que chacun respecte le rôle et pratique les vertus qui incombent à son sexe ». Vichy propose donc aux femmes de respecter le rôle qui leur est prédéterminé : la maternité.

 

A partir de la loi du 15 février 1942, les femmes sont épargnées quand elles avortent. Mais elles restent condamnées (4000 condamnations annuelles).

Alors que le divorce était facilité dans les années 30, la loi du 2 avril 1941 rend la procédure difficile et lente.

C’est au nom des obligations morales de Vichy que la femme trouve ses droits régressés au début du siècle.

 

« Les femmes vertueuses que célèbre la Révolution nationale n’en sont pas moins des femmes modernes, intelligentes, efficaces, heureuses de vivre au foyer, mais qui, dans l’intérêt mêmes des leurs, ne vivent pas coupées du monde extérieur… ».

Contrairement à la première guerre, les femmes seules devant subvenir aux besoins de leurs familles,  ne sont pas appelées à travailler.

« En octobre 40, le gouvernement prend des mesures très restrictives à l’encontre de l’embauche et du maintien des femmes mariées dans les emplois de l’administration et des services publics ».

Cependant, à partir de 41, les Allemands font une propagande en faveur des départs volontaires pour l’Allemagne aussi bien pour les femmes que pour les hommes. En 43, c’est sous la menace de voir partir des femmes célibataires que Vichy accepte de reconsidérer la question du travail des femmes.

 

Du fait de la précarité, de la misère, l’état alloue des allocations aux femmes célibataires et/ou mères.

 

Lorsque Londres  appelle à la résistance, il dit « chaque français, chaque française peut faire quelque chose ». Les femmes « le font à titre individuel, sans consigne ni conviction politique déterminée, par hostilité pour l’occupant, pour rendre service à une relation, aux gens du pays ou du quartier qu’elles côtoient dans leur vie quotidienne, par solidarité avec des collègues ». Les historiens s’accordent à dire qu’elles étaient l’un des rouages essentiels de la résistance.

La résistance était punie de la même manière pour les hommes comme pour les femmes. « La résistance impose à tous la même prudence, le même courage et le même sang-froid, quels que soient le rang et la fonction occupés dans le groupe, car l’ennemi, souvent, ignore à qui il a affaire et se sert des interrogatoires pour l’apprendre ». Pour la première fois, l’égalité des sexes était reconnue. Les femmes utilisaient sans honte leurs atouts féminins : rajuster une jarretière, rectifier son maquillage, la grossesse réelle ou simulée … afin de déjouer l’ennemi.

 

« Si comme dans la dernière guerre, la femme a donné des centaines d’héroïnes à la liberté, pour la première fois, dans cette guerre, elle lui a donne des centaines de milliers de combattantes ».

 

-          La révolution sexuelle :

 

Ce n’est qu’au milieu des années 1960 que l’émancipation commence réellement. En effet, les enfants de la guerre ayant eu une enfance lugubre de peur et d’angoisse se libèrent. C’est le culte de la jeunesse. « Ce furent les enfants du « baby-boom » d’après guerre qui, sur les deux rives de l’atlantique, devinrent les contestataires de la fin des années 60 et du début des années 70, remettant en cause le morne conformisme de leurs parents en matière de politique, de société et de sexualité »19.

Concrètement, les jeunes se hâtent de construire leur propre monde avec leur propre moralité et fonctionnement. Cette démesure a pour conséquence de forcer les aînés (parents et adultes) à reconsidérer les standards dont ils étaient dépendants sans même les avoir au préalable identifiés.

 

Cela entraîne une vague de divorce du fait des standards brisés. Les femmes qui, auparavant acceptaient d’être des épouses avant tout, se réveillent et veulent exister pour elles-mêmes. 

 

Bien que la femme ait obtenu le droit de vote (constitution de 1946 qui spécifie les mêmes droits aux hommes et aux femmes) et celui de gagner sa vie (sans consentement du mari), elle n’a pas encore le sentiment d’avoir pu changer sa propre opinion sur les femmes.

C’est une découverte médicale révolutionnaire qui modifie réellement son identité : la contraception buccale. Alors qu’auparavant, elle avalait des poudres de breuvage dans l’espoir de ne pas engendrer, qu’elle contrôlait en permanence ses relations sexuelles, elle se trouve soudainement dans la possibilité de se libérer sexuellement. Le fait de pouvoir prendre la pilule était séparé de l’accouplement, il soulevait plus le problème du malaise morale, politique, social ou esthétique qui persécutait les femmes depuis toujours.

 

« Les politiciens et la pilule ont ensemble contribué à donner une physionomie exceptionnelle au féminisme des années 60 »19. En effet, les féministes des années 65-75 avaient accompli bien plus que les suffragettes en soixante-dix ans. Non que ces femmes étaient plus agressives, mais elles étaient plus dans la société et donc plus en avant des réalités. La télévision, le cinéma et les médias ont beaucoup contribués à l’émancipation des femmes véhiculant des images et discours plus avant-gardistes sur la femme.

 

L’émancipation des femmes se situe aussi au niveau scolaire. « Après qu’on a proclamé 1975 l’année internationale des femmes, on ne compte plus les déclarations, les rapports, les lois, les prises de positions nationales et internationales en faveur de l’égalité des chances scolaires entre les sexes, mais assortie d’une nouvelle clause : l’égalité d’accès à des enseignements de même valeur ».  Cependant,  cette ouverture aux études supérieures reste une illusion. En effet, les femmes sont sur-représentées en lettres, en langue, pharmacie, administration économique et sociale, filières déjà féminisées depuis longtemps. Seuls les hommes rentrent en médecine, en ingénierie. Cette distribution des sexes dans les études entraîne la dépréciation des matières littéraires au détriment de celles scientifiques. Et même lorsque les femmes accèdent aux études scientifiques, elles sont défavorisées pour trouver une place de cadre. « En France, parmi tous les diplômés du supérieur long, 62% des garçons en 1977 deviennent cadres et 77% en 1985, alors qu’aux même dates, le pourcentage de femmes cadres reste, lui, inchangé (46%) ». Le problème pour les femmes n’est plus d’obtenir un diplôme mais de connaître la valeur de ce diplôme, souvent dépréciée du fait du sexe féminin.

 

En revanche, bien que dans toute l’Europe de 1975 à 1983, le chômage sévisse, les femmes gardent une place favorable sur le marché du travail alors que les hommes au chômage augmentent de cinq points. « Pour expliquer cette résistance, on invoque un faisceau de raisons qui certes font leur effet : augmentation du niveau d’instruction, augmentation des emplois publics, nouvelles attitudes vis-à-vis du mariage et du divorce, scolarisation plus précoce des enfants, diffusion du modèle positif de la femme exerçant une profession ». Il faut noter tout de même, encore aujourd’hui, qu’à tâche égale, salaire inégal, c’est-à-dire inférieur pour les femmes.

 

En 1991, Amnesty International tente « d’attirer l’attention sur les violations des droits fondamentaux des femmes, mobiliser la communauté internationale tout entière » 20. Cet ouvrage met en valeur, toutes les violations des droits de la femme quel que soit le régime. Amnesty International met en place douze mesures visant à protéger les droits fondamentaux des femmes en rappelant aux pays les plus civilisés de montrer l’exemple. En effet, encore aujourd’hui, nombreuses sont les femmes qui sont bafouées dans leur honneur et leur intégrité.

 

Au quotidien la condition de la femme s’est nettement améliorée, mais il existe encore des pays qui humilient la femme et des actes violant sa place d’Autre.

 

Conclusion :

 

Des siècles de femmes sous tutelles, sous la responsabilité des hommes, considérées comme des esclaves ou une dote, peuvent–ils être effacés par 50 ans d’émancipation. Les femmes ne gardent-elles pas en mémoire cet inconscient collectif qui les poussent à inhiber leur propre identité et liberté.

 

 

De Beauvoir S., Le deuxième sexe : les faits et les mythes, Gallimard, 1949.

Duby G., Perrot M., Thebaud F. (sous la direction de), Histoire des femmes : le XXe siècle, PLon, 1992.

Tannahill R., Le sexe dans l’histoire, Robert Laffont, Paris, 1982.

Amnesty International., Les femmes aussi, Editions francophones.

 

 

 

 

Photo : http://fr.123rf.com/photo_8666240_chef--un-grand-groupe-de-femmes--graphiques.html

Partager cet article

Repost 0
Published by Elodie CINGAL - dans Homme - femme
commenter cet article

commentaires