Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Elodie Cingal/ 06.33.55.39.43

  • : psy-conseil-divorce
  • psy-conseil-divorce
  • : En tant que psychologue psychothérapeute (N° ADELI 75 93 4781 8), j’ai eu l’occasion de travailler sur différents problèmes et différentes pathologies. Capable de m’intéresser à beaucoup de domaines, j’ai voulu créer un petit blog qui parle de la psychologie en générale et des sujets qui me tiennent à cœur à un moment donné. Téléphone : 06 33 55 39 43
  • Contact
7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 08:11

IMG_8599.jpgSouvent, on pense que l’enfant ainé est plus capable de comprendre et d’assumer les situations. Hier, je lisais sur un forum une femme qui témoignait de comment elle avait mis son ainée dans la confidence de sa rencontre avec un homme. Elle racontait comment son ainée s’était sentie valorisée et avait facilité l’intégration de l’amoureux auprès des cadets ! Et bien, je dis à cette mère qu’elle s’est trompée. Sa fille n’est ni sa copine ni sa confidente. Elle ne doit pas non plus porter de secret et mettre en place des stratégies avec elle concernant sa vie amoureuse.

 

On peut décliner cette petite anecdote aux séparations/divorces. Nous savons tous qu’il est courant de voir l’ainé porter beaucoup.

 

Une patiente m’a racontée comment à l’ado, vers 15 ans, elle a du se mettre à pratiquer tel sport pour pouvoir observer son père et sa maitresse sous les ordres de sa mère. Une autre a promis à son père qu’elle cracherait sur son grand-père pour le venger.. Ou, avec des apparences moins graves, une autre de 5 ans prend régulièrement sa maman dans les bras dans l’espoir de la soulager de sa tristesse.

 

Le cadet, lui, est souvent plus protégé, par ses parents et par son ainé (justement !). Il n’a pas forcément une meilleure condition. Il se sent lésé. Il ne comprend pas pourquoi il n’a pas les mêmes privilèges que son ainé. Pourquoi, lui ne peut pas rester plus tard à écouter son parent ou à effectuer telle ou telle tache !

Mais, l’ainé, lui, prend tout dans la figure, en direct et sans protection.

Ne pas protéger l’ainé de l’histoire du divorce engendre chez eux :

 

  • Un sentiment fort de responsabilité quant à l’état de son ou ses parents. Le parent qui se confie à l’enfant ou qui lui  confère des privilèges, met l’enfant dans la position où il croit qu’il peut agir pour lui. L’enfant pense qu’il doit réussir des missions données ou imaginées. Il développe un sentiment d’échec alors même qu’il lui était impossible de réussir. L’enfant n’a pas les compétences, les moyens de soulager le parent ou de réussir ses missions.
  • Quelque soit son âge, il se sent responsable de protéger son cadet du conflit parental ou de l’état du parent  fragile. Dans le divorce, on peut voir, dans des cas graves, des dépressions, de l’alcoolisme, des crises… L’ainé apprend vite à protéger son cadet de ce qu’il observe et prend tout dans la figure. On voit aussi des enfants qui, témoin de disputes entre parents, se mettent entre les conflits et le cadet. Il tente de l’isoler au moment des passages chez l’un et l’autre. Ils ne racontent pas à leur cadet ce qu’ils voient ou entendent… Et ils finissent par s’isoler de la fratrie car ils ont le sentiment de ne plus être honnêtes avec eux. Ils s’isolent aussi car, grandissant trop vite, il existe à force un décalage entre l’ainé et le cadet.
  • Parallèlement, il peut s’en prendre à son cadet car il n’en peut plus de la situation, ou par jalousie du repos apparent de ses cadets. Pourquoi, eux, ont-ils le droit de ne pas tout se prendre dans la figure. Ils peuvent finir par être en colère contre le cadet qui peut rester un enfant alors que pas lui. On développe souvent à ces moments des jalousies maladives. Le cadet est jaloux des faveurs accordés par le ou les parents pendant que l’ainé observe et constate les bénéfices du dernier petit protégé. Chacun a le sentiment qu’il est lésé.
  • L’enfant développe une hyper-vigilance pour prévenir les dangers et qui l’éloigne de son état d’enfant. Il est tellement pris dans le conflit, des les tristesses adultes, dans les confidences,  - tellement en première ligne, qu’il se sent responsable de soulager ses parents, ses cadets. Il met alors en place un système d’hyper-vigilance pour pouvoir éviter les problèmes et les souffrances. C’est ainsi qu’on voit les enfants développer des angoisses puisqu’ils voient le danger partout. Ces enfants finissent par perdre de leur naïveté et devance tout. Ils s’épuisent à chercher la faille pour l’éviter ou résoudre le problème !
  • L’enfant manifeste un sentiment de loyauté / trahison très fort. Au lieu de regarder le monde à travers les yeux de la naïveté et de la simplicité, il le regarde avec le sentiment qu’il DOIT quelque chose. S’il a la chance d’avoir maman qui se confie à lui ou papa qui lui donne des missions, il lui doit bien quelque chose. Il se sent privilégié d’avoir gagné la confiance de son ou ses parents.  Or, cette confiance entraine ce sentiment de loyauté et de trahison fort. Et ces sentiments isolent l’enfant qui finira par développe un grand sentiment de solitude.
  • Il tend à faire des actes manqués pour se protéger. Ces actes manqués sont souvent perçus par les parents comme des preuves de trahison. Par ex, j’ai un petit bonhomme de 12 ans qui a oublié de faire signer son carnet par sa maman et qui se retrouve obligé de le faire par l’amoureux de sa mère. On se doute bien que le père sera furax ! Si on demande à l’enfant s’il l’a fait exprès, il répondra que non. Mais si on regarde l’histoire qu’il a avec son père, on comprend qu’il veut pouvoir se détacher des missions que celui-ci lui donne. En faisant cette erreur, il se donne inconsciemment le moyen de se décoller de son père qui critique en permanence sa maman et qui lui demande de participer !
  • Il peut se mettre à rejeter plus ou moins fortement l’autre parent pour s’assurer une sérénité (apparente) chez ce parent ! Un parent me donne de grands avantages en m’offrant ses confidences, ses pleurs et ses secrets. Ce parent en me permettant de me coucher plus tard, en me prenant pour un adulte, en allant au resto avec moi, …. me donne un sentiment d’être unique. Mais cela a un prix : la loyauté. Pour pouvoir continuer à bénéficier de ces privilèges, je vais devoir accepter de rejeter ou au moins critiquer mon autre parent. Ou seulement dire que c’est moins bien !

 

 

La condition d’ainé n’est décidément pas à envier dans le divorce/ séparation. Je dirai surtout qu’il ne faut jamais mêler aucun enfant au conflit, même à 20 ans !

 

Je finirai en disant que l’une des erreurs des parents et des JAF, est de statuer sur un droit de visite et d’hébergement libre. L’ainé, quand il n’a pas pu se protéger ou quand il a été pris dans les griffes de colère ou de tristesse d’un parent, n’est plus en mesure de dire librement qu’il souhaite aller chez son autre parent.

 

Je comprends sincèrement le dilemme des JAF qui entendent un enfant refuser d’aller voir un parent. Cet enfant est-il libre de sa pensée ou existe-t-il un réel conflit ? Parfois, le JAF tombera juste en acceptant ou refusant le DVH libre, parfois il mettra l’enfant dans une situation impossible !

Et si dans un monde idéal, un divorce n’était pas l’occasion de se déchirer ?

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Elodie CINGAL - dans Séparation - divorce
commenter cet article

commentaires

Isabelle 19/12/2012 23:10

C'est tellement vrai tout ce que vous avez écrit!
C'est exactement ce que mon fils aîné vient de vivre pendant ces dernières années. Merci de cette analyse qui confirme la mienne et celle de mon mari.Parfois en tant que mère on a du mal à
s'imaginer que tout cela est possible...

Divorce 02/08/2012 12:26

On pense toujours que l’aîné est le plus capable de comprendre la situation du divorce!
Aurélie

Michel Willekens 07/07/2012 19:37

Très bien décrit, Elodie. Mais je ne comprends vraiment pas qu'un JAF puisse avoir un « dilemme » en entendant un enfant refuser d’aller voir son père ou sa mère !

Imaginons qu'un enfant dise à un JAF : « Je ne veux plus aller à l'école » ? Le JAF aurait-il aussi un dilemme ? Je ne pense pas ! Aucun JAF ne le pense ! Tous
les JAF lui répondraient : « Tu dois aller à l'école, mon enfant. C'est une obligation d'aller à l'école» !!! De même, TOUS les JAF devraient dire aux enfants qui ne veulent pas
aller chez leurs pères, ou mères (si toutefois ils n'y sont pas en dangers chez eux) ces JAF devraient leur dire : « Tu dois aller chez ton papa (ou chez ta maman) c'est une
obligation ! ».

C'est comme ça que ça se passe dans d'autres pays, plus évolués que nous, depuis plus de 25 ans, comme en Moselle Allemande, avec le « Modèle de Cochem » du Juge Jürgen du tribunal de
Cochem. Ça fonctionne avec 80% de succès... et les parents en redemandent !
http://laviedeperes.over-blog.com/article-enfant-et-enjeu-au-sein-des-separations-1-55396509-comments.html#anchorComment
Commentaires 11, 12, 13 et 21
http://www.crop.ch/crop-dossiers/crop-pratique-cochem.html

Le modèle de la Moselle - La pratique de Cochem aplanit les disputes autour de l'enfant . Le conflit entre personnes divorcées subit une escalade au moment où la justice est saisie par un des
époux. En plus, la dispute dure souvent longtemps. C'est pourquoi le juge Jürgen du tribunal de Cochem accorde l'urgence aux conflits dans lesquels des enfants sont concernés. Une audience est
convoquée dans un délai de deux à trois semaines. Partout ailleurs, il faut attendre au minimum une demi-année.