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Elodie Cingal/ 06.33.55.39.43

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  • : En tant que psychologue psychothérapeute (N° ADELI 75 93 4781 8), j’ai eu l’occasion de travailler sur différents problèmes et différentes pathologies. Capable de m’intéresser à beaucoup de domaines, j’ai voulu créer un petit blog qui parle de la psychologie en générale et des sujets qui me tiennent à cœur à un moment donné. Téléphone : 06 33 55 39 43
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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 09:43
Qu'est ce qui pousse les pères à consommer plus d'alcool dans la séparation?

Partie de ma soutenance de DU d'ALCOOLOGIE (2016)

Le mémoire porte sur les pères qui, au moment de la séparation, voit leur consommation d’alcool augmenter.

Contrairement aux apparences, les pères sont lésés aux affaires familiales. Ils souffrent d’une mauvaise réputation. Celle-ci conduit les différents intervenants de la séparation, juge, psy, As…. à privilégier les mères sur le mode de garde et donc sur la pension alimentaire, les aides sociales, le logement familial, la possibilité de déménager à l’autre bout du pays…..

En France, près de 45% des mariages finissent par un divorce. 40% des pères ne voient presque plus ou plus du tout leurs enfants après la séparation. Les pères obtiennent rarement la résidence exclusive (12%) et très peu la résidence alternée (17%). Les mères ont les enfants en résidence exclusive dans 71% des cas. Sur 100 demandes de résidence alternée, elle est accordée à 85 % des cas quand la mère est d'accord et seulement à 15% quand elle n’est pas d'accord. C’est donc la mère qui décide pour les deux parents.

En1993, 17% des hommes divorcés décèdent d’une imprégnation éthylique contre seulement 5% chez les femmes divorcées. Serait-il possible que les pères au moment de la séparation soient plus susceptibles de trouver du réconfort dans l’alcool que les femmes ? cela peut-il être dû au mode de garde des enfants.

Afin de mieux le comprendre, j’ai été cherché dans ma patientelle des pères qui reconnaissent qu’ils ont augmenté leur consommation d’alcool durant cette période mais qui aujourd'hui ne se sentent pas en danger de surconsommation. Je voulais que la parole se libère le plus facilement possible sans avoir à composer avec les résistances propres à la consommation d'alcool.

Je me suis aidée d’un questionnaire à la fois déjà existant avec le questionnaire Face et composé de questions ouvertes, semi ouvertes et fermées. L'entretien s'est déroulé en face à face. Le dossier et la relation de confiance avec mes patients m'ont aidés à leur permettre de développer leurs idées ou, parfois, à leur rappeler des événements ou discours qu'ils tenaient au moment de la séparation.

Les résultats montrent que la consommation d’alcool a été multipliée de 2 à 26 fois par an, selon les pères. Francis par exemple, ne consommait que deux verres par semestre et il est passé à deux verres par semaine. Antoine de 180 à 1820 par an, Raphaël de 1040 à 2340 par an.

Aucun des pères n’est devenu un consommateur en danger durant la période de divorce. Ils restent des consommateurs occasionnels ou récréatifs voire réguliers. Il existe presque une tendance au binge drinking chez Antoine, Raphael et Jean. Olivier et Pierre consomment tous les jours mais en quantité quasi raisonnable.

Le professeur Michel Raynaud utilise le vocabulaire de l’addiction pour parler de l’amour et de la séparation. Il fait un parallèle entre la production de dopamine dans les addictions et dans la création de lien amoureux et parental (ocytocine). Les pères ne voient que peu leurs enfants, et ils seraient en permanence à devoir gérer le sevrage lié à l’absence des enfants et des shoots sur deux jours de dopamine. Les pères interrogés, d’ailleurs, ont été unanimes. Chacun a pointé de lui-même qu’il ne pensait pas à consommer quand il était avec ses enfants. Seul Jean a admis avoir pris à deux reprises de l’alcool lorsqu’il est avec ses enfants car il se sentait trop mal mais il a attendu que les enfants soient couchés. Tel Francis qui a son garçon de 18 ans à la maison. Il attendait qu’il soit dans sa chambre pour se prendre un rhum.

Ce sont avant tout les effets psychiques que les pères recherchent.

  • L’alcool est d’abord un lubrifiant social. Il désinhibe, libère la parole. Les 6 papas de mon étude ont été très corvéables à la famille et à leur épouse. Au moment de la séparation, il passe d’une vie bien remplie à extra vide. Ils ne savent plus comment créer du lien avec l’extérieur. Alors, le petit verre libérateur est tout approprié pour oser s’inscrire à un site de rencontre, téléphoner aux amis perdus,…

  • L’effet anesthésiant est essentiel. L’alcool calme l’angoisse dès les 1er verres. Ils se sentent plus vifs et détendus. Les sens son atténués, diminuant ainsi la perception de la douleur. Pierre dit « je pense moins à la perte de mon ex, et de ce qu’il fait subir à ma fille. Mon esprit est moins clair.

  • Pour d’autres, olivier et Raphaël, qui se sentent très seuls et isolés, le lieu du troquet est presque plus important que l’alcool lui même. Le café est le lieu social, là, où « il trouve une autre famille, des gens comme lui ». Le troquet est le soutien que l’on ne trouve pas auprès de sa famille ou des proches, là où d’autres vivent ce que l'on vit. Offrir un verre c’est implicitement proposer une amitié dit L’anthropologue Isabelle Bianquis.

  • Le troquet c’est aussi « moins se faire chier ». Chez eux, ils ruminent, tournent en rond, ressentent l’absence des enfants. Alors, le troquet et l’alcool tuent le temps, remplit le vide. Antoine parle de l’alcool comme « un anesthésiant intellectuel qui fait voir la vie en décalé avec une perception de la réalité faussée. Les pères ressentent le besoin de duper le temps car le temps c’est attendre que ce soit terminé, que les choses s’arrangent. C’est ruminer ce que l’on a perdu.

  • l’alcool c’est retrouver sa jeunesse. Tel Antoine qui à travers ses beuveries dans les bars ou chez les copains a le sentiment de rattraper sa jeunesse, son insouciance des 20 ans quand il était étudiant. Les fêtes sont désinhibées. Être ado, irresponsable c’est ce qu’Antoine et Raphaël cherchent dans l’alcool.

  • Et enfin boire c’est tout simplement bon ! Le goût du vin, le plaisir à aller chez son caviste choisir une bonne bouteille ; pour pierre, c’est l’impression de se faire beau quand tout est laid autour de lui.

Les effets physiques de l’alcool sont peu pointés. La gueule de bois, les migraines… limitent un peu mais ne retiennent pas.

L’alcool n’a pas eu de répercussions sociales et professionnelles sur les pères. Elle a été plutôt un vecteur de lien qu’une mise en danger. L’alcool et le lieu de l’alcool ont permis à ces hommes de réapproprier leur vie sociale quand au passé ils avaient le sentiment d’avoir été d’abord des compagnon et des pères.

Les résultats de cette petite enquête sont sans surprise. L’alcool, parce que consommé en quantité raisonnable et cadré par des gardes fous tels que les enfants, l’image du père et les effets physiques, a permis à ces pères de supporter la situation de séparation. L’alcool, finalement, donne l’impression d’aider. Au lieu de transformer la détresse en colère ou de la sortir, les pères la consomme. Ce qui surprend, ici, c’est le lien entre l’alcool et les enfants. L’alcool a donc bien une fonction de substitut. Il remplit le manque affectif, le lien parental. C’est ce qui pourrait expliquer pourquoi seulement 5% des femmes divorcées décèdent de consommation éthylique contre 17% chez les hommes. Les femmes, mères avant tout, 26 jours par mois, occupées, débordées par les enfants ne se confrontent pas au vide de la même manière (ce qui conduit souvent les femmes au surmenage ou à la dépression, à l’isolement…).

Finalement, l’alcool dans la séparation est la femme que l’on a perdue. L’alcool est quelque chose qui fait du bien, qui apaise, qui libère, qui ouvre et qui produit les hormones de plaisir. Mais l’alcool est aussi une duperie qui tente de cacher la détresse et les peurs. L’alcool, dans la séparation chez le père, est aussi l’enfant. Les pères souffrent de risquer de ne plus voir leur enfant et ils se réfugient dans l’alcool car la violence de cette injustice est trop forte.


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Published by Elodie CINGAL - dans Séparation - divorce
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commentaires

Droit de la famille 28/06/2016 22:22

Effectivement, on n'y pense pas souvent car l'homme à le rôle du "dur à cuire", mais le divorce peut être très compliqué pour les hommes aussi. Je pense vraiment que cette politique devrait être revue, il n'y a pas de raison pour que les pères aient moins de chance de voir leurs enfants que les mères.